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Le pouvoir de la choline

Alzheimer : une supplémentation nutritionnelle pour atténuer la maladie ?

Par Raphaëlle de Tappie

Un supplément alimentaire au long terme de choline, un nutriment classé dans le groupe des vitamines B, pourrait atténuer les effets de la maladie d'Alzheimer. 

LightFieldStudios/iStock

Plus de 35,6 millions de personnes sont touchées par Alzheimer dans le monde et 7,7 millions nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année, d’après l’OMS qui alerte sur l’augmentation croissante de la maladie. En effet, le nombre de personnes atteintes devrait doubler tous les 20 ans pour finalement atteindre 152 millions en 2050. Aussi, de nombreux chercheurs travaillent à mieux comprendre la maladie pour essayer de mettre au point des traitements plus efficaces. D’après une étude parue le 27 septembre dans la revue Aging Cell, un supplément au long terme de choline, un nutriment classé dans le groupe des vitamines B, pourrait atténuer les effets de la maladie. 

Il y a quelques mois, en travaillant sur des souris, Ramon Velazquez et ses collègues du Centre de recherche sur les maladies neurodégénératives ASU-Banner (NDRC) de l’Université d’Arizona (Etats-Unis) ont découvert les bénéfices trans-générationnels de la choline chez les enfants dont la mère présentant des symptômes similaires à ceux d’Alzheimer avait reçu un supplément alimentaire. Ils ont donc voulu étudier les effets de ce nutriment sur les souris adultes. Par ailleurs, une étude chinoise parue cet été ayant révélé les avantage d’une supplémentation en choline à vie chez des rongeurs mâles présentant des symptômes d’Alzheimer, Velazquez et ses collègues ont également voulu observer si cela fonctionnait chez les femelles, les femmes étant généralement plus touchées par la maladie.

En plaçant des souris dans un labyrinthe aquatique, les chercheurs ont découvert que celles présentant des symptômes semblables à Alzheimer ayant reçu un supplément en choline tout au long de leur vie avaient une meilleure mémoire spatiale que celles nourries normalement. Puis, en étudiant le tissu extrait de l’hippocampe, une région du cerveau connue pour jouer un rôle capital dans la formation de la mémoire, ils ont identifié des changements dans la bêta-amyloïde toxique, la pathologie caractéristique d’Alzheimer, et des réductions dans l'activation des microglies.

Des pistes de réflexion pour la sclérose en plaques ou Parkinson

Ces dernières sont des cellules spécialisées qui débarrassent le cerveau des débris nocifs. Bien qu'ils se produisent naturellement pour garder le cerveau en bonne santé, s'ils sont suractivés, une inflammation cérébrale et la mort neuronale, symptômes courants d’Alzheimer, se produisent. Ainsi, une supplémentation en choline offre une protection contre la maladie.

"Personne n'a montré de bénéfices à vie de la supplémentation en choline chez les souris femelles atteintes d’Alzheimer. C'est ce qui est nouveau dans notre travail", se félicite Velazquez. Aussi, la simple addition de choline dans l'alimentation tout au long de la vie peut réduire la pathologie chez les femmes, plus susceptibles d’être touchées. Ces résultats ont par ailleurs des implications pour d'autres affections neurodégénératives où la microglie activée est endémique, explique Velazquez. Les réductions observées de cette dernière offrent par exemple de nouvelles pistes pour traiter des troubles tels que la sclérose en plaques ou Parkinson.

Cette étude n’est pas la première à mettre en avant l’importance de l’alimentation pour prévenir le développement de la maladie d’Alzheimer. Il a notamment déjà été prouvé que le régime méditerranéen, riche en légumes, en huile d’olive, en céréales complètes et en produits laitiers fermentés, protégeait les personnes âgées du déclin cognitif.

Une "stratégie sûre"

Ici, un supplément en choline paraît relativement simple à mettre pratique en prévention d’Alzheimer. "A 4,5 fois l'AJR (apport journalier recommandé, aux Etats-Unis), nous sommes bien en dessous de la limite supérieure tolérable, ce qui en fait une stratégie thérapeutique préventive sûre", notent les chercheurs. En effet, la limite supérieure tolérable de choline, c’est-à-dire peu susceptible de causer des effets secondaires chez les femmes et les hommes adultes est de 3500mg/jour, soit 8,24 fois plus que la recommandation américaine de 425mg/jour chez les femmes et 6,36 fois plus que la recommandation de 550mg/jour chez les hommes.

Présente dans les steacks de boeuf, les oeufs, le lait ou les germes de blé

En France, bien qu’il soit reconnu que la choline joue un rôle clé dans la structure et la transmission cellulaire, dans le transport et le métabolisme des lipides, dans la synthèse de l’ADN et pour avoir un système nerveux sain, en raison d’un manque de données disponibles, la valeur de l’apport quotidien de référence n’a pas été définie. Toutefois, afin d’éviter les carences, l’Institut de Médecine a mis une valeur pour un apport suffisant (AS), similaire aux recommandations américaines : 425 mg par jour pour les femmes et 550 mg pour les hommes. 

La choline est présente dans de nombreux aliments, surtout le foie de poulet, les steaks de bœuf, les œufs et le lait. Mais que les vegans se rassurent, ils peuvent également en trouver dans le chou de Bruxelles ou les germes de blé. Qui plus est, des suppléments vitaminiques contenant de la choline, comme le bitartrate de choline et le chlorure de choline, sont facilement disponibles à un prix abordable.