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Grève des urgences : 92% des Français soutiennent le mouvement

Par Anaïs Col

92% des Français et 96% des personnels et professionnels de santé hospitaliers soutiennent le mouvement de grève des urgences selon un sondage Odoxa. Découvrez pourquoi.

roberuto /istock
Le mouvement de grève des urgences, initié ces derniers mois dans toute la France, bénéficie d’un "soutien total, inédit et inconditionnel dans l’opinion", selon un sondage un sondage Odoxa-MNH-le Figaro Santé-France Info. 92% des Français et 96% des personnels et professionnels de santé hospitaliers soutiennent les grévistes.

Une mauvaise utilisation des urgence

Un soutien qui s'explique par le fait que 77% des Français et 91% des personnels hospitaliers et soignants estiment que les services d’urgences se détériorent. Une situation imputable en partie au comportement des Français, puisque 3 sur 10 (29%) "avouent s’être déjà rendus dans des services d’urgences pour de 'mauvaises' raisons, notamment par confort/facilité et parce que cela évitait d’avancer des frais" (1 Français sur 10).
"D’ailleurs dans le volet barométrique de notre enquête, indique Gaël SLIMAN, co-fondateur et président d'Odoxa, les urgences ont été LA solution trouvée par plus d’1 Français sur 20 (6%) et surtout par 1 professionnel de santé sur 10 ayant été malade ces derniers mois, au lieu de consulter leur médecin".

La souffrance des personnels hospitaliers

Ce sondage met également en évidence la souffrance physique et morale des personnels soignants et hospitaliers : 36% des personnels hospitaliers "ont été affectés par un problème de santé au cours des derniers mois, soit 13 points de plus que la population générale et 3 points de plus que l’année dernière à la même époque".
Mais ils sont surtout en mauvaise santé morale/mentale : pour la première fois, une majorité de personnels hospitaliers – 54% vs 46% – se disent insatisfaits de leur travail, quand les trois-quarts des Français s'estiment satisfaits du leur. La plus grande insatisfaction a été observée chez les soignants, et particulièrement auprès des infirmièr(e)s (56%) et des aide-soignant(e)s (60%).

"Des brancards saturés, des locaux qui ne sont plus adaptés"

Lors de la dernière journée de mobilisation le 11 juin, 95 services d’urgence ont fait grève et des rassemblements se sont tenus devant plusieurs agences régionales de santé (ARS) ainsi que devant le ministère de la Santé à Paris. 
Les soignants réclament l’arrêt des fermetures de lits, une hausse des rémunérations de 300 euros net et une augmentation des effectifs. Pour eux, au quotidien, "c’est des brancards saturés, (des) locaux qui ne sont plus adaptés pour accueillir une population de plus en plus importante, c’est 10 h-12 h avant de voir un spécialiste, 6-7 h avant de voir un médecin", dénonce Candice Lafarge, représentante du collectif et aide-soignante à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, sur France Inter.

D’habitude, les soignants protestent contre leurs conditions de travaillent en se mettant en grève, mais continuent de travailler avec un simple brassard portant la mention de leur revendication. Cependant, face une réaction des pouvoirs publics jugée inexistante, les personnels des urgences ont durci leur mouvement en se mettant en arrêt maladie, comme se fut notamment le cas à Saint-Antoine, à Lariboisière ou à Lons-le-Saunier.

La réaction de la ministre de la Santé

Une mission de refondation des services d’urgences a été confiée au député Thomas Mesnier et au président du Conseil National de l’Urgence Hospitalière, le Pr. Pierre Carli. Ils ont jusqu’à l’automne 2019 pour remettre leur rapport au ministère de la Santé. D’après un communiqué de ce dernier, le but est triple : il s’agit d’abord de faire un état des lieux de la situation, puis de mesurer quels vont être les effets des réformes menées actuellement et enfin, de déterminer quelles sont les autres mesures à prendre. 

En parallèle, la ministre a indiqué qu’elle allait mobiliser les Agences régionales de Santé (ARS) pour mener des travaux de rénovation architecturale dans les services d'urgences afin d'améliorer l’accueil des patients. Agnès Buzyn a aussi déclaré vouloir homogénéiser la prime de risque afin de prendre en compte les conditions de travail difficiles et les possibles agressions subies par les soignants. La dernière mesure concerne la prime de coopération, qui sera accordée aux professionnels de santé ayant recours à la délégation de compétences pour réduire l’attente aux urgences. Des mesures qualifiées de "vaste blague" par la CGT urgences à l’origine du mouvement avec FO, SUD et CFE-CGC.