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Naissance

Un bébé sur sept dans le monde naît avec « un faible poids »

Par Charlotte Arce

L’Unicef et l’OMS révèlent qu’un nouveau-né sur sept pèse moins de 2,5 kilos quand il vient au monde, essentiellement dans les pays pauvres. Ce faible poids de naissance a un impact sur leur croissance et leur santé.

mmpile/iStock

En 2015, 20,5 millions d’enfants sont venus au monde en pesant moins de 2,5 kilos, soit environ une naissance sur sept au niveau mondial. Près de 90% de ces naissances ont lieu dans des pays à faibles ou moyens revenus, notamment en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne, révèle une nouvelle étude publiée dans la revue The Lancet Global Health.

Coréalisés par la London School of Hygiene and Tropical Medicine, l’Unicef et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ces travaux mettent en lumière les conséquences de ce faible poids de naissance sur la future santé des enfants. Selon leurs auteurs, les bébés souffrant d’une insuffisance pondérale à la naissance "ont un plus grand risque de présenter un retard de croissance et de connaître plus tard des problèmes de santé, dont des affections chroniques comme le diabète et les maladies cardiovasculaires". Ils présentent aussi un risque de mortalité plus important. En effet, plus de 80 % des 2,5 millions de nouveau-nés qui meurent chaque année dans le monde souffrent d'insuffisance pondérale à la naissance, notamment en raison de leur prématurité.

De fortes disparités régionales

Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont examiné, de 2000 à 2015, les bases de données des gouvernements nationaux et les enquêtes nationales pour estimer la prévalence et suivre les tendances de l’insuffisance pondérale. Au total, les données ont été recueillies auprès de plus de 281 millions de naissances. Toutefois, les auteurs notent que 47 pays (dont 40 pays à faible revenu et à revenu intermédiaire qui représentent près du quart de toutes les naissances dans le monde) ne disposaient pas de données suffisantes.

Les résultats mettent en lumière des différences notables entre les pays à faibles ou moyens revenus et les pays riches. Dans ces derniers, un faible poids de naissance est souvent associé à une naissance avant terme. Pour la Dre Hanne Blencowe, qui a participé à l’étude, cette prématurité peut avoir de multiples explications, notamment "un âge avancé de la mère", mais aussi "la consommation de tabac, un recours injustifié à la césarienne ou des traitements favorisant la fertilité, qui augmentent la probabilité de naissances multiples".

L'un des taux d'insuffisance pondérale à la naissance les plus faibles en 2015 a été estimé en Suède (2,4%). Ce chiffre se situe à environ 7 % dans certains pays à revenu élevé. Dans le détail : 8% aux États-Unis, 7% au Royaume-Unis, 6,5% en Australie ou encore 5,7% en Nouvelle-Zélande.

Une naissance à faible poids sur deux a lieu en Asie du Sud

Les chercheurs ont aussi noté que les régions qui enregistrent les progrès les plus rapides sont celles qui comptent le plus grand nombre de bébés présentant une insuffisance pondérale à la naissance. C’est notamment le cas de l'Asie du Sud et de l'Afrique subsaharienne, qui enregistrent respectivement une baisse annuelle de 1,4% et de 1,1% entre 2000 et 2015.

Néanmoins, le nombre total de naissances vivantes d'enfants de faible poids à la naissance a en fait augmenté en Afrique subsaharienne, passant de 4,4 millions à 5 millions de bébés, principalement en raison des tendances démographiques (telles que la fécondité et les migrations). De même, l'Asie du Sud compte encore près de la moitié des naissances d'enfants de faible poids à la naissance dans le monde, avec un nombre estimé à 9,8 millions en 2015.

"L'insuffisance pondérale à la naissance est une entité clinique complexe composée d'une restriction de croissance intra-utérine et d'une naissance prématurée", analyse la Dre Mercedes de Onis de l'OMS. "C'est pourquoi la réduction de l'insuffisance pondérale à la naissance exige la compréhension des causes sous-jacentes dans un pays donné. Par exemple, en Asie du Sud, une grande proportion des bébés présentant une insuffisance pondérale à la naissance naît à terme, mais avec un retard de croissance intra-utérin, qui est associé à la dénutrition maternelle, y compris le retard de croissance maternel."

Pour une action internationale contre l’insuffisance pondérale

En 2012, les 195 États membres de l'OMS se sont engagés à réduire de 30 % la prévalence de l'insuffisance pondérale à la naissance d'ici 2025, par rapport aux taux de 2012. Ces estimations, qui sont les premières du genre, ont révélé que la prévalence de l'insuffisance pondérale à la naissance dans le monde a légèrement diminué, passant de 17,5 % en 2000 (22,9 millions de naissances vivantes de faible poids à la naissance) à 14,6 % en 2015 (20,5 millions).

Cependant, l'étude indique qu'au rythme actuel de progrès - avec une baisse annuelle de 1,2 % des taux d'insuffisance pondérale à la naissance entre 2000 et 2015 - le monde sera bien en deçà du taux de réduction annuel de 2,7 % requis pour atteindre l'objectif de l'OMS de réduire la prévalence de 30 % entre 2012 et 2025.

D’où la nécessité "d'investir davantage et d'agir pour accélérer les progrès, en comprenant et en s'attaquant aux facteurs clés de l'insuffisance pondérale à la naissance tout au long de la vie", arguent les auteurs de l’étude. "Malgré des engagements clairs, nos estimations indiquent que les gouvernements nationaux font trop peu pour réduire l'insuffisance pondérale à la naissance. Nous n'avons observé que très peu de changements en 15 ans, même dans les milieux à revenu élevé où l'insuffisance pondérale à la naissance est souvent due à la prématurité", déplore la Dre Blencowe. "Pour atteindre l'objectif nutritionnel mondial d'une réduction de 30% de l'insuffisance pondérale à la naissance d'ici 2025, il faudra plus que doubler le rythme des progrès."

Les auteurs de l'étude appellent ainsi à une action internationale pour s'assurer que tous les bébés sont pesés à la naissance, pour améliorer les soins cliniques et pour promouvoir une action de santé publique sur les causes de l'insuffisance pondérale à la naissance afin de réduire la mortalité et l'invalidité.