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Codéine déconseillée aux moins de 12 ans : les médecins inquiets

Par Bruno Martrette avec Sandrine Chauvard

Les Agences européenne et française du médicament recommandent de ne plus donner de codéine aux moins de 12 ans. Une mesure excessive et qui va poser problème, selon les médecins.

JAUBERT/SIPA
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Depuis la semaine dernière, l'Agence européenne du médicament (EMA) conseille de réduire le recours à la codéine dans le traitement de la douleur pédiatrique. Ces recommandations font suite aux observations de médecins américains qui ont constaté chez des enfants un risque augmenté de dépression respiratoire, à la suite de plusieurs interventions chirurgicales (amygdalectomie et adénoïdectomie), et de traitements de la douleur par ces antalgiques. Mais aussi, « un très faible nombre de cas graves, voire mortels », précise de son côté l’Agence nationale de sécurité du médicament (Ansm).
A la suite de ces accidents, l’Espagne et le Royaume-Uni ont alors procédé à une évaluation du rapport bénéfice/risque. Ce sont ces premiers éléments qui ont conduit l'Ema à déconseiller l’usage de la codéine aux moins de 12 ans. En attendant les conclusions définitives de l’Europe, l’Ansm s’est alignée sur cette position. Elle recommande en outre de n’utiliser la codéine chez l’enfant de plus de 12 ans qu’après échec du paracétamol et/ou des Ains. Enfin, la codéine est déconseillée chez les femmes qui allaitent. 
Pourtant, cette recommandation inquiète les médecins français.

Pour le  Dr Christine Ricard, responsable du centre d’analgésie et de soins palliatifs pédiatriques au CHU de Montpellier,  cette décision « excessive » est « susceptible de faire encourir un risque à certains enfants ». 


Principe de précaution: une position excessive pour les médecins français

Dr Christine Ricard: On est passé d'un principe de prudence à un principe de précaution sur peu d'accidents finalement et sur des enfants traités à domicile qui avaient des pathologies connexes et qui en plus avaient une survie qui entraînait elle aussi des possibles obstructions des voies respiratoires. Passer ainsi à une recommandation pour les enfants de -12 ans, c'est à mon sens excessif.

 

France: l'expérimentation réussie d'une posologie prudente

Dr Christine Ricard: On avait adapté depuis 3-4 ans, en France, une posologie de codéine qui n'était plus de l'ordre de 1mg/kilo mais de l'ordre de 0,5 mg/kilo. De façon à réadapter la dose s'il le fallait sur ces enfants métaboliseurs rapides. Du fait de cette adaptation prudente, nous n'avons pas connu chez nous ce genre d'accidents.


Une nouvelle prise en charge compliquée

Dr Christine Ricard: Actuellement, quand on enlève la codéine on a pas grand chose pour un petit enfant qui a 1 an. On va lui donner du paracétamol, mais on a beaucoup de réserves face aux anti-inflammatoires. On pourrait donner de la morphine directement à 6 mois ou à 1 ans. A l'heure actuelle, nous n'avons pas les bonnes présentations de façon à nous mettre à l'abri de surdosage. Les douleurs moyennes, les douleurs du quotidien, celles-là vont être très défavorisées par le retrait de la codéine.


Les risques méconnus des traitements alternatifs 

Dr Christine Ricard: A partir de 3 ans, ils peuvent recevoir une autre molécule qui s'appelle le tramadol dont on est pas sûr qu'il n'aura pas lui aussi des effets de métaboliseur rapide. On peut également envisager l'administration d'une autre molécule qui se donne essentiellement en intravenaux et accessoirement par voie rectale.