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Découverte

Méningite : des antipsychotiques pour booster le traitement antibiotique

Par Raphaëlle de Tappie

Des chercheurs de l'Institut Cochin ont découvert comment booster le traitement antibiotique contre la méningite bactérienne : utiliser des antipsychotiques. 

jarun011/iStock

Assez méconnue du grand public, la méningite est une inflammation des méninges (enveloppes de la moelle épinière et du cerveau dans lesquelles circule le liquide céphalorachidien). Il en existe deux formes, la virale, bégnine, et la bactérienne, beaucoup plus grave. Si la plupart des patients atteints de cette forme de méningite guérissent avec des antibiotiques, quand elle n’est pas soignée, elle peut provoquer de graves complications (surdité, atteinte du cerveau, épilepsie, déficience mentale…) et dans 50% mèner à une mort rapide et brutale.

Aujourd’hui, des chercheurs français ont trouvé comment renforcer le traitement contre cette maladie. D’après leur étude publiée dans la revue Nature Microbiology, des médicaments antipsychotiques pourraient être très utilisés pour booster l’efficacité des antibiotiques déjà utilisés.

Phénothiazines

Des scientifiques de l’Institut Cochin ont administré des phénothiazines, de la famille des antipsychotiques, sur des souris atteintes de méningite bactérienne. En quelques minutes, les médicaments ont désactivé les longs bras collants de la bactérie. Sans ces appendices, celle-ci ne peut plus se déplacer, s'agglutiner ou s'accrocher aussi facilement aux vaisseaux sanguins.

Les antipsychotiques "réduisent la colonisation méningococcique des vaisseaux humains et préviennent les dysfonctionnements vasculaires, la coagulation intravasculaire et l'inflammation accablante qui caractérisent les infections invasives à méningocoque. Enfin, ils réduisent la létalité", précisent les auteurs de l’étude. Par ailleurs, "si on les donne au début de l’infection, cela réduit les lésions vasculaires et améliorent le taux de survie des souris qui n’ont pas reçu de traitement antibiotique".  

Peu d’effets secondaires, assurent les chercheurs  

Dans le détail, les antipsychotiques affaiblissent l’infection mais ne la tue pas. C’est là que les antibiotiques ont encore un rôle à jouer : si les antibiotiques classiques sont utilisés avec les antipsychotiques, leur efficacité sera bien meilleure, assure l’étude. Ainsi, les antipsychotiques pourraient perturber les amas existants de la bactérie chez l’homme et les antibiotiques se chargeront ensuite de tuer l’infection.

Quant à ceux qui s’inquiéteraient d’une éventuelle dépendance ou autre aux antipsychotiques, "c’est thérapeutiquement sûr avec peu d’effets secondaires quand on s’en sert avec modération. On a pu le voir depuis les 60 ans et plus que ces médicaments sont utilisés", assurent les auteurs. Si de nouveaux essais doivent encore avoir lieu, les chercheurs de Cochin ont bon espoir que leurs découvertes puissent mener à terme à un traitement plus efficace sur les humains.

Savoir diagnostiquer correctement et à temps la méningite, un véritable enjeu

Dans environ 70% des cas, la méningite bactérienne survient dans la petite enfance, avant l'âge de 5 ans. Chez les adultes, elle se déclenche chez les personnes ayant été en contact avec un malade, ayant des antécédents neurochirurgicaux ou étant immunodéprimées (diabète, alcoolisme, VIH…) d’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Généralement, le malade souffre de forte fièvre, de délires, de migraines et de vomissements. L’une des formes les plus graves de la méningite bactérienne est la septicémie à méningocoques. Cette dernière se caractérise par une éruption hémorragique et un collapsus circulatoire rapide. Même quand elle est diagnostiquée précocement et qu'un traitement adéquat est instauré, 8 à 15% des patients décèdent, souvent dans les 24 à 48 heures suivant l'apparition des symptômes. Et si elle n'est pas traitée, la méningite à méningocoque est fatale dans 50% des cas. Elle peut également entraîner des lésions cérébrales, une perte auditive ou une invalidité chez 10 à 20% des survivants.

Mais qu’elle soit bactérienne ou virale, la dangerosité de la méningite est due au fait qu’elle soit souvent mal diagnostiquée ou trop tard. D’après une étude britannique réalisée l’été dernier, sur 1000 patients suivis, dans 43% des cas, le virus ou la bactérie responsable de la maladie n’avait pas été identifié. Or, d’après les chercheurs, "le diagnostic rapide d'une cause spécifique de méningite est essentiel pour prescrire les bons antibiotiques si nécessaire, ou éviter les antibiotiques inutiles chez les patients atteints de méningite virale. Les efforts devraient se concentrer sur le traitement des symptômes et accélérer la sortie de l'hôpital, ce qui serait moins pénible pour les patients".