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Neurochirurgie

Alzheimer : réveiller les souvenirs avec la stimulation électrique

Par Cécile Coumau

Implanter une électrode dans le cerveau et envoyer du courant électrique... La technique peut faire peur. Pourtant, la stimulation cérébrale profonde est porteuse d'espoir dans l'Alzheimer.

Tor Wager/AP/SIPA
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Les 35 millions de personnes qui vivent avec la maladie d’Alzheimer dans le monde, ainsi que leurs proches, ont vécu une nouvelle déception. Le bexarotène, un anticancéreux, n’est pas la molécule miracle espérée. Il y a un peu plus d’un an, une étude publiée dans la revue Science avait pourtant fait grand bruit. Six heures à peine après le début du traitement au bexarotène, les capacités cognitives et la mémoire des souris de laboratoire étaient améliorées.
Et les plaques bêta-amyloïde, caractérisitiques de la maladie d’Alzheimer, avaient disparu. « Nous étions sous le choc, et émerveillés », avait alors confié à l’AFP le principal auteur de l’étude. « Jamais, au grand jamais, nous n’avions vu des choses pareilles. » Mais, le 24 mai dernier, c’est la douche froide. Toujours dans la revue Science, différentes équipes de chercheurs annoncent qu’ils n’ont pas réussi à reproduire les résultats. Or, en médecine, une étude n’est valable que si les premiers résultats sont reproductibles.


Envoyer un courant électrique pour réveiller les souvenirs

A quoi les malades d’Alzheimer peuvent-ils se raccrocher ? Les espoirs sont minces mais une piste de recherche est tout de même porteuse d’espoir. La stimulation cérébrale profonde pourrait en effet ouvrir des horizons, même si les recherches menées actuellement sont encore très préliminaires. « La stimulation cérébrale profonde, cela consiste à envoyer, à l’aide d’une électrode, un courant électrique dans une partie du cerveau qui va être activée ou bloquée », explique le Dr Marc Lévêque, neurochirurgien à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Concrètement, il faut faire un trou de quelques millimètres dans le crâne puis conduire une électrode jusqu’à une partie du cerveau qui aura été préalablement défini. Pour se frayer un chemin dans le cerveau, les neurochirurgiens pratiquent éveidemment l’intervention sous le contrôle d’un appareil de radio. Ensuite, l’électrode est implantée dans le cerveau et  reliée à une sorte de pacemaker. Après plusieurs heures d’intervention chirurgicale, l’électrode envoie donc de manière permanente et constante un courant électrique.


Ecoutez le Dr Marc Lévêque, neurochirurgien au CHU de la Pitié-Salpêtrière à Paris : "On relie l'électrode à un petit câble qui court sous la peau et qui va être, lui relé à une pile placée dans le thorax".


Cette technique de stimulation cérébrale profonde est aujourd’hui utilisée relativement couramment dans la maladie de Parkinson. Dès que l’électrode est posée, les neurochirurgiens constatent – alors que le patient est encore entre leurs mains – que les tremblements s’arrêtent. Les recherches progressent aussi dans le traitement de la dépression sévère et des troubles obsessionnels compulsifs. En revanche, ce n’est que récemment que la technique a été expérimentée dans la maladie d’Alzheimer.


Une découverte faite par hasard

En fait, c’est l’équipe canadienne du Pr Lozano qui a découvert, un peu par hasard, les potentiels de la stimulation cérébrale profonde dans la maladie d’Alzheimer. Ces médecins tentaient de réveiller le sentiment de satiété d’une personne obèse en stimulant l’hypothalamus. « Au lieu d’une telle sensation, le malade, pendant l’intervention, a décrit avec acuité une scène survenue trente ans plus tôt, écrit Marc Lévêque dans son livre qui vient de sortir, intitulé « Neurochirurgie » (1).  Les tests neuropsychologiques ont mis en évidence une nette amélioration de la mémoire biographique à chaque stimulation ».
Une découverte faite par hasard mais tellement étonnante que le Pr Lozano n’en est pas resté là. Un essai clinique a été lancé sur six patients. Un an plus tard, les résultats aux tests test d’évaluation des fonctions cognitives et de la capacité mnésique montraient une stabilisation des fonctions cognitives et de la mémoire chez 1 patient, une stabilisation chez 2 et la poursuite du déclin chez les 3 autres.


Toucher au cerveau, et donc à l'intime

En France, pour confirmer ces données initiales, « nous avons initié une étude pour évaluer la faisabilité et la sécurité d'emploi de la stimulation cérébrale profonde chez des patients présentant une maladie d’Alzheimer avec atteinte cognitive et mnésique modérée et d'en évaluer l'efficacité à ralentir ou stabiliser le déclin de ces fonctions », a relaté le Pr Denys Fontaine du CHU de Nice lors des journées de neurologie de langue française de 2012. Les résultats ne sont pas encore connus.

En attendant, l’espoir grimpe puisque contrairement à l’anticancéreux (le bexarotène), les premiers résultats ont pû être confirmés. « Mais, attention, le nombre de patients traités se compte à peine sur les doigts des deux mains », temporise le Dr Marc Lévêque. Les neurochirurgiens avancent donc à pas comptés, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les techniques de stimulation cérébrale profonde soulèvent des questions éthiques. « Intervenir sur le cerveau, ce territoire intime de l’esprit et de l’identité, peut paraître transgressif et hasardeux, » écrit, en préface du livre de Marc Lévêque, le Pr Emmanuel Hirsch, directeur de l’Espace éthique de l’AP-HP. Par ailleurs, certains psychiatres ne voient pas d’un très bon œil le développement de la stimulation cérébrale profonde. Les anciennes lobotomies ont laissé des mauvais souvenirs.


Ecoutez le Dr Marc Lévêque : "La psychochirurgie sent le souffre car les lobotomies d'autrefois induisaient de véritables mutilations de la personnalité".

 

(1) "Neurochirurgie" de Marc Lévêque, Editions Springer