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Journée nationale

Dépister un mélanome grâce à un smartphone

Par Mathias Germain

A l'occasion de la journée du dépistage, des personnes pourront se faire dépister des cancers de la peau grâce à la télémédecine. Une pratique qui se développe dans d'autres spécialités.

JS EVRARD/SIPA

Pour la première fois, une opération de dépistage à grande échelle fait appel à la télémédecine. C’est à l’occasion de la journée nationale de dépistage des cancers de la peau, qui a lieu ce jeudi à l’initiative du syndicat national des dermatologues (SNDV) et avec le soutien de l’Institut national du cancer (Inca). Dans dix départements, où les dermatologues se font rares, comme la Creuse, la Corrèze, ou les Vosges, des médecins de la Mutualité sociale agricole (MSA) pourront proposer à leurs adhérents de se faire dépister grâce à un smartphone et un dermatoscope, la grosse loupe utilisée par les dermatologues. « Départs à la retraite non renouvellés, déménagements… Depuis plusieurs années, à l’occasion de cette journée de dépistage, nous avons constaté de plus en plus de trous dans notre dispositif national, explique le Dr Claudine Blanchet-Bardon, vice présidente du SNDV. Pour cette 15e édition, nous avons eu l’idée d’utiliser la télémédecine, la télédermatologie, pour faire du dépistage grâce au partenariat de la MSA.


Ecouter le Dr Claudine Blanchet-Bardon
, dermatologue, vice-présidente du SNDV. « Cette initiative concerne les adhérents de la MSA, ce qui est intéressant car cette caisse d’assurance maladie regroupe des professionnels, comme les agriculteurs, très exposés au soleil. »



Concrètement comment ça marche ? Les médecins de la MSA volontaires  pourront avec le consentement de la personne qui vient les consulter photographier les grains de beauté ou les taches suspectes. Ces photos seront transmises à une plateforme de 5 dermatologues bénévoles installés à Paris, accompagnées des informations issues du questionnaire médical pour connaître les éventuels antécédents familiaux. Ces spécilialistes se chargent alors du diagnostic. « C’est tout simple, aujourd’hui les outils technologiques existent, il suffit de former les différents opérateurs, souligne la vice-présidente du SNDV. En outre, l’avantage avec la dermatologie c’est que les critères de diagnostic des mélanomes ou des carcinomes sont bien définis. »
En matière de télémédecine, la dermatologie bénéficie d’une certaine expérience, puisque certains dermatologues travaillent déjà à distance pour certains services d’urgence à Paris ou dans des établissements pénitentiaires.


Ecouter le Dr Claudine Blanchet-Bardon
. « Certains dermatologues pratiquent la télémédecine depuis quelques années pour des services d’urgence. »



L’initiative lancée à l’occasion de la journée nationale de dépistage des cancers de la peau montre que les professionnels de santé, et les assoications de patients comme le Ciss, sont prêts à accepter les pratiques de télémédecine. Une tendance bien comprise par les politiques. La ministre de la santé, Marisol Touraine, déclarait en mars dernier lors d’un colloque sur la Télésanté

« Nous avons aujourd’hui la possibilité de pouvoir nous affranchir des distances. En rapprochant les professionnels entre eux et ces derniers avec leurs patients, la télémédecine permettra de meilleures prises en charge, partout sur le territoire. Je veux que nous passions rapidement d’une phase d’expérimentation à une phase de généralisation ».

Après de multiples rapports, dont un en 2008 sur « la place de la télémédecine dans l’organisation des soins », des règles de bonne pratique ont été établies, comme le fait que les opérateurs de télémédecine soient des médecins. Un plan national de déploiement de la télémédecine a émergé en 2012. Des projets prioritaires ont été retenus. « Ils concernent dans un premier temps le secteur hospitalier et visent, à titre d’exemple, à assurer une permanence des soins en imagerie ou une meilleure prise en charge de l’accident vasculaire cérébral », a rappelé Marisol Touraine lors du colloque.

Un exemple soutenu par l’Agence régionale de santé en Ile-de-France : le projet DITE-ROP permet de dépister par téléexpertise la rétinopathie des prématurés. Cette anomalie de la vascularisation de la rétine est une complication majeure de la prématurité. Elle est responsable de 6 à 20 % des malvoyances chez l’enfant. Grâce à ce projet, un dispositif pilote de dépistage par caméra de rétine grand champ, permet au service de médecine néonatale du Centre Hospitalier Sud Francilien (Corbeil) de bénéficier à distance du diagnostic des ophtalmologistes experts de la Fondation Adolphe de Rothschild (Paris).
« Ce système, qui est confortable pour l’enfant et électroniquement sécurisé, permet d’assurer un dépistage précoce conforme aux recommandations internationales. Si l’évaluation commandée par l’Ars s’avère positive, le dispositif pourrait s’étendre à toutes les unités de néonatologie d’Ile-de-France ne disposant pas d’ophtalmologiste sur place, afin d’assurer à l’ensemble des prématurés les mêmes chances de dépistage et de traitement » précise le Dr Michèle Granier, chef du service de néonatologie du Centre Hospitalier Sud Francilien.

Cet exemple concerne des établissements de santé. Mais pour un véritable déploiement de la télémédecine sur le territoire, il reste à impliquer les médecins de ville et de zones rurales. Pour cela, il faut que l’assurance maladie définisse des tarifs pour ces actes de télémédecine.


Ecouter le Dr Blandine Blanchet-Bardon. « Nous démontrons que nous sommes prêts, nous démontrons comment il faut le faire, mais il faut que les pouvoirs publics prennent une décision. »