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Les trois huit

Diabète : travailler de nuit ou en horaires décalés augmente le risque

Par Charlotte Arce

Une vaste étude menée pendant 15 ans auprès de 150 000 infirmières établit un lien entre le travail en horaires décalés ou de nuit et l’augmentation du risque de développer un diabète de type 2. Un risque d'autant plus grand s'il est associé à un mode de vie malsain.

KatarzynaBialasiewicz/iStock

"Faire les trois huit", travailler de nuit ou le week-end : autant de contraintes horaires que connaissent de nombreux travailleurs et auxquelles ils sont bien forcés de s’adapter. Parfois au détriment de leur santé.

C’est ce que met en lumière une nouvelle étude internationale publiée le 21 novembre dans le British Medical Journal (BMJ). D’après ses auteurs, lorsqu’il est associé à un mode de vie malsain, le travail nocturne ou en horaires irréguliers augmente considérablement le risque de diabète de type 2.

Un risque 2,3 fois plus élevé toutes les 5 années de travail en horaires de nuit

Si plusieurs autres travaux scientifiques s’étaient déjà penchés sur les effets délétères des horaires décalés sur la santé des travailleurs, cette nouvelle étude est la première à mesurer l’impact combiné d’un mode de vie malsain (surpoids ou obésité, tabagisme, mauvaise alimentation et inactivité physique) et du travail alterné de nuit sur le risque de diabète de type 2.

Les chercheurs ont analysé les données de 143 410 infirmières américaines ayant participé à la Nurses’ Health Study (NHS) et à la NHS II, deux grandes études épidémiologiques sur la santé des infirmières réalisées en 1976 et 1989. Parmi les femmes suivies, aucune ne présentait au moment de leur inscription de diabète de type 2, de maladie cardiaque ou de cancer. Elles ont ensuite, tous les cinq ans, rempli des questionnaires donnant des informations sur leur santé, leur alimentation et leur mode de vie.

Après 22 à 24 ans de suivi, les chercheurs ont constaté que 10 915 infirmières avaient reçu un diagnostic de diabète de type 2. Ils ont aussi noté que toutes les cinq années de travail de nuit ou alterné, les infirmières présentaient un risque de diabète de type 2 31% plus élevé.

Ce risque est encore plus important chez les infirmières ayant un mode de vie peu sain : être en surpoids ou obèse, fumer, mal s’alimenter et ne pas pratiquer d’activité physique multiplie par 2,3 le risque de développer un diabète de type 2. Pour chaque facteur de mode de vie malsain, le risque était 2,83 fois plus élevé.

Une perturbation des rythmes circadiens

Pour le Dr Zhilei Shan, chercheur en nutrition à la Harvard School of Public Health de Boston et co-auteur de l’étude, "ce risque est plus élevé que la simple addition des deux risques individuels liés à la rotation des quarts de travail et à un mode de vie médiocre". Les chercheurs ont également calculé que le travail en rotation de nuit représentait environ 17% du risque combiné plus élevé de diabète de type 2 et un mode de vie malsain environ 71%. Les 11% restants correspondent aux risques supplémentaires liés à l’interaction entre ces deux facteurs.

Pour les scientifiques, les résultats mis en lumière suggèrent que le risque supplémentaire de diabète de type 2 qui survient lorsque les travailleurs de nuit en rotation suivent un mode de vie malsain peut résulter d'une perturbation du sommeil et des rythmes circadiens, affectant les hormones ou l'équilibre des bactéries dans l'intestin. Des conclusions déjà tirées par d’autres études.

"La plupart des cas de diabète de type 2 pourraient être évités en adoptant un mode de vie sain, et les avantages pourraient être plus importants pour les travailleurs de nuit en rotation", poursuit le Dr Shan. S’agissant d’une étude observationnelle, aucune conclusion définitive ne peut être tirée sur les causes et les effets, préviennent les chercheurs. Ils indiquent par ailleurs que toutes les personnes ayant participé à l’étude étaient des femmes essentiellement caucasiennes et que ces résultats pourraient ne pas s’appliquer aux hommes ou aux personnes issues d’autres groupes raciaux ou ethniques.