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Congrès américain de cardiologie

Suppléments diététiques: oméga-3 et vitamine D contre les risques de cancer et de maladies cardiaques

Par Chloé Savellon

Une vaste étude indépendante, présentée au Congrès Américain de Cardiologie, l'AHA, ne montre pas de bénéfice majeur d'une supplémentation quotidienne de l'alimentation en oméga-3 ou en vitamines D pour prévenir l'apparition de cancers ou de maladies cardiovasculaires. Mais quelques questions demeurent.

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L'huile de poisson ou la vitamine D sont-elles vraiment efficaces pour prévenir le cancer et les maladies cardiovasculaires ? Deux volets d'une très importante étude réalisée par le gouvernement américain, et présentés lors du Congrès de l'American Heart Association qui se tient à Chicago (Illinois, États-Unis) du samedi 10 au lundi 12 novembre, se sont penchés sur cette question et ont fourni des réponses attendues depuis longtemps sur ces deux nutriments populaires. 

Aux États-Unis, presque 10% des adultes consomment de l'huile de poisson tous les jours sous forme de supplément diététique. D'autres encore prennent une supplémentation en vitamine D, malgré l'absence d'études majeures à l'appui des nombreuses allégations de santé qui leur sont attribuées. "Ceux qui la vendent en font la promotion comme étant bonne pour tout ", mais dans une étude validée la vitamine D " n'a rien montré de bon ", souligne le Dr James Stein, cardiologue à l'Université du Wisconsin-Madison. 

Deux volets d'une large étude indépendante

Ces deux volets de l'étude VITAL sont publiées dans la revue The New England Journal of Medicine. L'étude a été réalisée indépendamment par le ministère de la santé américain et sans aucun lien avec les marques citées, chez des personnes sans problèmes de santé.

Au bout de plus de 5 ans de suivi de près de 26 000 personnes, les 2 analyses indépendantes n'ont pas démontré d'effets avérés sur la réduction des risques de cancers ou de maladies cardiaques chez des personnes en bonne santé qui auraient pris des doses régulières d'huile de poisson ou de vitamine D. Les oméga-3 en excès peuvent même être délétères chez certains malades. Un suivi plus prolongé est nécessaire pour parfaitement évaluer l'effet de la vitamine D sur la prévention des cancers, car ceux-ci peuvent mettre très longtemps à apparaître.

Intérêt potentiel des huiles de poisson

Également appelées acides gras oméga-3, les huiles de poisson se retrouvent dans le saumon, le thon et certains autres poissons. Les oméga-3 peuvent réduire les inflammations et ont un effet bénéfique sur le cerveau, notamment sur la mémoire. L'objet de l'étude sur les oméga-3, menée par le Department of Medicine, Brigham and Women’s Hospital de l'école de médecine de Harvard et dirigée par Joann E. Manson, consistait à déterminer si, oui ou non, la supplémentation en acides gras n-3 permettait de réduire les risques de cancers dans la population générale. 

Les scientifiques ont mené un essai contrôlé versus placebo, avec plan factoriel deux par deux, de vitamine D3 (à une dose de 2000 UI par jour) et d'acides gras n-3 marins (à une dose de 1 g par jour) dans la prévention primaire des maladies cardiovasculaires et du cancer chez des hommes âgés de 50 ans ou plus et de femmes âgées de 55 ans vivant aux États-Unis. Au total, 25 871 participants, dont 5 106 Noirs, ont été répartis au hasard.

Absence de bénéfice

Au cours d'un suivi médian de 5,3 ans, un événement cardiovasculaire majeur a été observé chez 386 participants du groupe principal et 419 dans le groupe placebo. Un cancer invasif a été diagnostiqué chez 820 participants contre 797 personnes du groupe placebo. Au cours d'un suivi médian de 5,3 ans, un événement cardiovasculaire majeur a été observé chez 386 participants du groupe n-3 et 419 dans le groupe placebo. 

Les chercheurs en déduisent donc que la supplémentation en acides gras n-3 n'a pas entraîné de réduction de la fréquence des événements cardiovasculaires majeurs ou des cancers par rapport au placebo. Les chercheurs ont par ailleurs observé que des quantités plus élevées d'huile de poisson, purifiées et prescrites sur ordonnance, pouvaient même provoquer des problèmes cardiaques et des décès liés au cœur. 
Ces situations s'observent notamment chez les personnes ayant déjà un taux élevé de triglycérides, un type de graisse essentiel pour l'organisme en termes de réserve d'énergie, mais qui peut augmenter le risque de maladie cardiaque en cas de quantité trop élevée dans le sang. 

Effet mitigé de la vitamine D 

La seconde étude, également pilotée par la Pr Manson, a testé les effets de la vitamine D contre placebo. La vitamine D est majoritairement produite par la peau, à partir de l'exposition au soleil. On en trouve également dans certains aliments comme le lait, le chocolat et les poisson gras. La teneur en vitamines D de ces aliments est toutefois relativement faible, ce qui explique pourquoi beaucoup préfèrent en consommer sous forme de suppléments alimentaires vendus en gélule. 
Plusieurs études ont révélé que les personnes ayant les taux les plus faibles de D seraient plus susceptibles d'avoir un cancer, mais on ne sait pas si ces suppléments en vitamines D peuvent modifier ce risque.

Les participants à l'étude ont pris 2 000 unités internationales de vitamine D-3 (la forme la plus active de vitamine D, aussi appelée cholécalciférol) ou de faux comprimés de vitamines pendant cinq ans. La vitamine D n'a pas eu d'effet sur les risques de crise cardiaque, d'accident vasculaire cérébral ou de cancer. Après avoir exclu les deux premières années d'utilisation, les chercheurs ont cependant constaté moins de décès dus au cancer chez les sujets traités par la vitamine (112), que chez ceux du groupe placebo (119).
"Le cancer peut prendre des années à se développer, de sorte qu'une différence peut ne pas se manifester tout de suite, souligne la Pr Manson. "Cela semble prometteur, mais les participants seront étudiés plus longtemps pour voir si la tendance se maintient", ajoute-elle.

Des questions restent

"Malgré ces résultats négatifs, il subsiste une incertitude au sujet de la prévention du cancer via une supplémentation en vitamine D en raison de plusieurs facteurs. Tout d'abord, la vitamine D active exerce une pression négative constante sur la prolifération cellulaire in vitro, ce qui pourrait se traduire par un potentiel d'efficacité anticancéreuse in vivo."

"Deuxièmement, une méta-analyse récente a montré un avantage significatif de la vitamine D par rapport à la mortalité cancéreuse", écrivent le Dr Clifford Rosen du Maine Medical Center Research Institute et le Dr John Keaney Jr. de l'Université du Massachusetts, dans un éditorial publié dans The New England Journal of Medicine

Tout n'est donc pas écrit et d'autres experts estiment que ces chiffres ne font qu'indiquer un avantage potentiel qui doit faire l'objet d'une étude plus approfondie. "Ces résultats doivent être interprétés avec prudence", confirment les auteurs de l'éditorial VITAL. 

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