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NicA2-J1

Grâce à ce vaccin, l'addiction à la nicotine ne sera bientôt plus un problème

Par Charlotte Arce

Des chercheurs ont testé avec succès sur des rats un nouveau traitement potentiel contre le tabac : une enzyme modifiée appelée NicA2-J1, et qui aurait le pouvoir de décomposer la nicotine dans le sang avant qu’elle ne parvienne au cerveau.

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Des chercheurs auraient-ils enfin découvert un vaccin contre l’addiction à la cigarette ? C’est ce que laisse espérer une nouvelle étude, publiée le 17 octobre dans Science Advances, et dans laquelle des scientifiques américains du Scripps Research Institute affirment avoir découvert une enzyme capable de détruire la nicotine dans le sang avant qu’elle ne parvienne au cerveau.

Un traitement de la dépendance et des symptômes de manque

Les scientifiques ont testé l’enzyme modifiée sur des rats dépendants à la nicotine. Appelée NicA2-J1, il s’agit d’une version modifiée d’une enzyme naturelle produite par la bactérie Pseudomonas putida. Ces modifications ont eu pour but de rendre l’enzyme plus puissante et d’optimiser son temps de séjour dans le sang.

Lors d’une série d'expériences, les rats de laboratoire ont passé 21 heures par jour, pendant 12 jours, dans une chambre où ils pouvaient appuyer sur un levier pour se faire une perfusion intraveineuse de nicotine. De cette façon, ils ont appris à s’auto-administrer de la nicotine et en sont devenus dépendants. Au bout de 12 jours, ils n’avaient accès à la nicotine que toutes les 48 heures, ce qui les conduisait à ressentir des symptômes de sevrage entre les périodes d’accès. Cela les a aussi conduits à augmenter leur consommation de nicotine chaque fois qu’ils y avaient accès.

Les chercheurs ont ensuite procédé au traitement des rats dépendants avec une dose élevée de NicA2-J1 (10 mg / Kg). Ils se sont alors aperçus que ces rongeurs continuaient à d’auto-administrer de la nicotine quand ils le pouvaient, mais présentaient des taux sanguins de nicotine très faibles par rapport aux rats témoins n’ayant pas reçu l’enzyme. De fait, les signes de sevrage à la nicotine comme la sensibilité à la douleur et les comportements agressifs ont été réduits pendant les périodes de sevrage par rapport aux rats non-traités.

Pour les chercheurs, cette découverte qui consiste à inverser la dépendance à la nicotine est très prometteuse "car elle permet de réduire la dépendance à la nicotine sans provoquer de fringales et d’autres symptômes de sevrage sévères". "Elle fonctionne dans le sang, et non dans le cerveau. Ses effets secondaires devraient donc être minimes", se réjouit Olivier George, professeur associé au Scripps Research Institute et auteur principal de l’étude.

La nicotine, responsable de l’addiction au tabac

Surtout, ces nouveaux travaux constituent une avancée majeure, car c’est la première fois où cette approche d’inversement de dépendance à la nicotine montre des résultats aussi avancés. De précédents traitements avaient été mis au point, mais ils ne réduisaient pas suffisamment les taux sanguins de nicotine pour être efficaces.

C’est cette dépendance à la nicotine qui pousse les fumeurs à continuer à consommer du tabac et ce, malgré leur volonté d’arrêter. Les chercheurs estiment qu’environ 60% des personnes qui essaient la cigarette deviennent des fumeurs quotidiens et qu’environ 75% des fumeurs quotidiens rechutent après une période de sevrage. La faute donc, à la nicotine, une substance psychoactive qui agit sur le cerveau en se fixant sur les récepteurs nicotiniques des neurones et la modification des neurotransmetteurs. Ceux-ci produisent alors de la dopamine, une hormone qui donne une sensation de bien-être et de satisfaction. Plus l’on fume, plus le cerveau s’habitue à la présence de la nicotine, et plus les récepteurs sont sensibles.

Si elle s’avère efficace sur les humains, l’enzyme modifiée NicA2-J1 permettra donc de détruire la nicotine avant qu’elle ne se fixe sur les récepteurs du cerveau. Ce qui pourrait donc faire disparaître l’addiction. Pour l’heure, les essais cliniques sur des humains n’ont pas encore été lancés, expliquent les chercheurs, qui sont à la recherche de volontaires.