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Facteur IX

Hémophilie B : une seule injection peut traiter la maladie à vie

Par Charlotte Arce

Une nouvelle étude menée sur des souris ouvre la voie à un traitement pour les personnes souffrant d’hémophilie B. Une seule injection permettrait en effet de produire à vie le facteur de coagulation manquant.

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Touchant environ 6 000 personnes en France et 700 000 malades dans le monde, l’hémophilie est une anomalie rare qui empêche le sang de coaguler, entraînant un risque hémorragique. Portée par un chromosome sexuel et touchant majoritairement des hommes, cette maladie génétique peut être particulièrement douloureuse et entraîner des séquelles invalidantes, voire la mort si l’hémorragie n’est pas traitée à temps.

L’hémophilie est causée par un manque ou une absence de protéines généralement présentes dans notre plasma et qui permettent au sang de former un caillot. Elles sont appelées facteurs de coagulation. Il s’agit du facteur VIII pour l’hémophilie A et du facteur IX pour l’hémophilie B (FIX).

Actuellement, les personnes hémophiles sont traitées avec des injections, généralement hebdomadaires, contenant du FIX de cellules animales afin de reconstituer leurs facteurs de coagulation. Chères et chronophages, ces injections peuvent devenir de moins en moins efficaces avec le temps.

Mais cela pourrait bientôt changer. Des chercheurs affiliés au Salk Institute for Biological Studies, en Californie, ont en effet démontré sur des souris que l’hémophilie B pouvait être traitée à vie grâce à une seule injection. Celle-ci contient des cellules hépatiques exemptes de maladie et capables de produire le facteur de coagulation manquant. Publiés le 1er mai dans la revue Cell Reports, ces travaux pourraient changer la vie des personnes hémophiles, mais aussi ouvrir la voie à des traitements similaires pour des maladies génétiques connexes.

Une reprogrammation des cellules pour produire du facteur IX

Les scientifiques ont travaillé sur la transplantation de cellules hépatiques en bonnes santé, capables de produire du FIX, chez les patients atteints d’hémophilie B. Ils ont recueilli des échantillons de sang de deux patients humains atteints d’hémophilie B grave, incapables de produire du facteur de coagulation IX. Ils ont ensuite, en laboratoire, reprogrammé les cellules en cellules souches pluripotentes induites (CSPi), qui ont la capacité de se transformer en de nombreux autres types de cellules, y compris celles du foie.

En utilisant CRISPR / Cas9, un outil capable de modifier les gènes, ils ont ensuite réparé les mutations dans le gène FIX de chaque patient. Enfin, ils ont incité ces cellules réparées à se développer en cellules précurseurs du foie appelées cellules hépatocytaires (HLC) et les ont transplantées chez des souris atteintes d'hémophilie B.

Les chercheurs ont alors constaté que non seulement ces nouvelles cellules hépatocytaires produisaient du FIX, mais qu’elles produisaient suffisamment de protéines pour permettre aux souris de former des caillots sanguins normaux, et aux cellules de continuer à survivre - et à produire du FIX - pendant au moins un an après la transplantation.

Chez les personnes atteintes d'hémophilie, l'utilisation de leurs propres cellules pour générer des cellules hépatocytaires, puis la transplantation dans leur corps, pourrait aider à éviter les complications immunitaires qui accompagnent souvent les thérapies cellulaires.

Toutefois, précise le Pr Suvasini Ramaswamy, principale auteure de l’étude, d’autres recherches sont nécessaires avant de mener des essais cliniques sur des patients humains. Mais, ajoute-t-elle, le travail déjà engagé démontre la valeur de la combinaison de la reprogrammation des cellules souches et de modification des gènes dans le traitement des maladies génétiques.