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Psychothérapie

Dépression: 4 départements testent le remboursement de la psychothérapie

Par Charlotte Arce

Quatre Caisses d’Assurance Maladie, parmi lesquelles celle de Haute-Garonne, testent actuellement le remboursement des consultations chez le psychologue, lorsqu'elles sont réalisées sur prescription médicale. Saluée par les patients, l’expérimentation est en revanche loin de remporter l’adhésion des psychologues en raison de ses tarifs trop bas.

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Des séances chez le psychologue remboursées à 100% par l’Assurance maladie. C’est l’expérimentation actuellement menée dans quatre départements sur une durée de 3 ans : la Haute-Garonne, les Bouches-du-Rhône, le Morbihan et les Landes.

Dans ces quatre départements, les Caisses primaires d’Assurance maladie ont signé des conventions avec des psychologues afin de prendre en charge à 100% la psychothérapie des patients les plus défavorisés.

Diminuer la consommation de psychotropes

L’objectif de cette expérimentation ? Réduire les dépenses de Sécurité sociale liées aux maladies psychiques, en abaissant notamment le nombre de jours d’arrêt de travail, mais surtout la consommation d’antidépresseurs, d’anxiolytiques et de somnifères, qui ont des effets secondaires indésirables et entraînent des dépendances.

Suivant les recommandations de la Haute Autorité de Santé parues en 2017, qui préconisent la psychothérapie pour diminuer la consommation de psychotropes, ce test mené dans quatre départements français concerne tous les patients âgés de 18 à 60 ans, sans conditions de ressources.

Actuellement, seules les consultations réalisées par un médecin psychiatre, sous prescription médicale, sont remboursées par la Sécurité sociale au taux de 70%, le reste à charge pouvant être complété par la complémentaire santé de l’assuré. Si l’expérimentation mise en place s’avère concluante, un patient pourra se faire rembourser ses séances chez un psychologue en cabinet privé à une condition : qu’elles aient été prescrites par un médecin généraliste.

Comment ça marche ?

Le médecin généraliste doit d’abord délivrer une prescription pour une séance d’évaluation de 45 minutes, à réaliser chez un psychologue conventionné. Un bilan lui est alors adressé en retour par le professionnel de santé. S'il s'avère que les troubles mentaux constatés chez le patient sont d'intensité "faible à modérée", une seconde prescription de 10 séances de psychothérapie de soutien de 30 minutes est adressée. Elle pourra être complétée, le cas échéant, par 10 séances de psychothérapie structurée de 45 minutes. En cas de pathologie plus lourde, le patient pourra être orienté vers un médecin psychiatre. La fréquence des séances est fixée entre le patient et le thérapeute. 20 séances maximum pourront être remboursées par l’Assurance maladie.

Un tarif trop bas selon les psychologues

Réclamé depuis de nombreuses années par les psychologues, le remboursement par l’Assurance maladie des séances de psychothérapie dans quatre départements a été saluée par de nombreux professionnels. "C'est une belle avancée pour ouvrir notre profession à une patientèle qui sans remboursement ne consulte pas. C'est pour eux que nous sommes satisfaits, et pour lutter contre la consommation excessive d'antidépresseurs", a déclaré à France 3 la psychologue clinicienne Fanny Villain. Cette dernière a déjà reçu cinq patients sur prescription d’un généraliste.

En revanche, tous ou presque s’accordent à dire que les tarifs imposés par l’Assurance maladie sont bien trop bas : 22 euros pour les 10 premières séances, 32 euros pour les 10 suivantes. Interrogé par La Dépêche, Patrice Bouchaïb, psychologue à Toulouse et représentant du Syndicat national des psychologues pour la région Occitanie, regrette que le tarif proposé par la CPAM soit "ridiculement bas". "Je pense qu’ils ont oublié qu’on travaillait en cabinet. Au centre de Toulouse, un cabinet coûte 850 euros par mois environ, et les tarifs de consultation tournent autour de 50 euros". Pour réclamer une révision des tarifs de remboursement, une pétition a été lancée par le Syndicat national des psychologues et transmise à la ministre de la Santé Agnès Buzyn.