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Epidémie

Hépatite B : 300 millions de malades et seulement 1 malade sur 20 traité

Par Camille Boivigny

L'hépatite B est fréquente en France et dans le monde (près de 300 millions de cas en 2016) et 95% des malades sont mal ou ne sont pas du tout traités et souvent non diagnostiqués. Or, le virus (VHB) se transmet facilement et peut donner des hépatites chroniques, elles-mêmes à l'origine de complications (cirrhose et cancer du foie). Il vaut vacciner les enfants.

scyther5/istock

Une stratégie mondiale pour éradiquer l’hépatite B d’ici 2030, c’est ce qu’a approuvé la 69ème Assemblée mondiale de la santé devant l’ampleur de l'épidémie mondiale. En effet, selon une étude parue dans le Lancet le 26 mars 2018, 291 992 000 personnes seraient infectées par le virus de l’hépatite B, et 95% de ces malades sont mal voire pas du tout traités.
Le virus (VHB) se transmet très facilement entre personnes, lors des rapports sexuels ou par contact avec du sang ou des objets contaminés. Or, le nombre de décès liés aux complications de l’hépatite B chronique (cirrhose ou cancer notamment) s’élève à 600 000 chaque année. Il s'agit donc d'un enjeu presque aussi important que l'épidémie de VIH.

Une maladie toujours incurable

Actuellement il existe des traitements qui permettent uniquement de contrôler la multiplication du virus dans le foie, mais il n'est pas possible d'éradiquer complètement et définitivement le virus. La prévention vise donc à minimiser la transmission entre les personnes et entre la mère et l'enfant. Malgré cela, en 2016 l’hépatite B affecterait 3,9% de la population mondiale, ce qui correspond à 291 992 000 personnes infectées.
Parmi ces personnes infectées, seules 29 millions, c'est-à-dire 10%, ont été diagnostiquées et seuls 5% des 94 millions de personnes éligibles au traitement antiviral en ont reçu un. Le risque de dissémination est donc majeur en l'absence de politique plus volontariste.

Les moyens de lutte

Il existe un vaccin contre le virus de l'hépatite B depuis le début des années 1980, ce dernier est même recommandé par l’OMS depuis 1992 chez les nouveaux-nés dès les premières 24 heures. Or seule la moitié des nouveaux-nés le reçoivent aussi rapidement et seuls 87% d’entre eux sont vaccinés contre le VHB durant la première année de leur vie.

De plus, moins de 1% des mères ayant un virus très actif dans le foie (une charge virale élevée) reçoivent un traitement antiviral visant à réduire la transmission mère-enfant. Un test de dépistage existe depuis les années 1970, ce qui n’empêche pas que 9 malades sur 10 ne se savent pas infectés.

Un problème de santé publique mondial

Seize pays regroupent plus de 80% des enfants de 5 ans infectés. Or un seul pays, la Chine, atteint une couverture vaccinale de 90% à la naissance. Les pays les plus touchés sont l’Asie orientale et l’Afrique subsaharienne.
En Centre-Afrique notamment, 12% de la population est touchée ; et 5 pays en voie de développement (Inde, Chine, Nigéria, Indonésie et Philippines) concentrent 60% des infections.

Selon les auteurs de l’étude, la prise de conscience concernant l’hépatite B doit être aussi importante que pour le VIH.

Qu'est-ce que l'hépatite B ?

L'hépatite B est une infection du foie qui est provoquée par le virus VHB. Ce virus peut survivre en dehors du corps pendant au moins 7 jours et résister à la chaleur. Au cours de cette période, le virus est encore capable de provoquer une infection s’il pénètre dans le corps d’une personne non vaccinée.

Après avoir été ingéré par voie orale, le virus passe dans le sang, qui va l’acheminer ensuite vers sa cible, le foie, où il se multiplie à l’intérieur des cellules de cet organe.

L'infection provoque des lésions inflammatoires du foie et des altérations des cellules du foie, qui aboutissent à leur destruction (cytolyse) par le système immunitaire. Une régénération des cellules du foie intervient en permanence, mais peut être dépassée par la destruction immunitaire et être rendue inefficace par la fibrose du foie.

Quels est l'évolution de l’hépatite B ?

Dans la plupart des cas après l’infection, aucun signe clinique n’est apparent pendant la phase aiguë de l’infection, en dehors d’une fatigue assez banale. Certaines personnes, par contre, souffrent à cette période d’une maladie aiguë avec des signes qui vont persister plusieurs semaines : il peut s’agir d’un jaunissement de la peau et des yeux (ictère), d’une coloration sombre des urines, d’une fatigue extrême, de nausées, de vomissements et de douleurs abdominales assez diffuses..

Chez d'autres personnes, et particulièrement chez les enfants de moins de 5 ans, le virus de l’hépatite B peut évoluer vers une infection chronique du foie, susceptible de se transformer ultérieurement en cirrhose du foie ou en cancer primitif du foie (hépatome). Mais, généralement, plus de 90% des adultes en bonne santé infectés par le virus de l’hépatite B se remettront naturellement de l’infection à VHB dans l’année qui suit.

Comment peut-on attraper une hépatite B ?

L’hépatite B se propage par exposition de la peau ou des muqueuses (micro-écorchures) et par le biais de la salive, des écoulements menstruels ou des sécrétions vaginales et du sperme. La transmission sexuelle est un mode fréquent de transmission en France, de même que la transmission lors des soins médicaux des malades.

Le virus peut aussi se transmettre par contact avec des aiguilles contaminées (toxicomanie, tatouage, soins médicaux ou dentaires de mauvaise qualité) ou un rasoir (coiffeur).

Dans les pays où il existe un grand nombre de personnes infectées, les modes de transmission les plus courants de l’hépatite B, sont la transmission mère-enfant au cours de la grossesse ou de l’accouchement (transmission périnatale) et la transmission par contact entre enfants.

Quels sont les signes de l’infection aiguë par le virus de l'hépatite B ?

Après une incubation très variable de 45 à 180 jours, une fatigue intense apparaît. C’est le signe le plus fréquent de la maladie. Une fièvre et des douleurs musculaires ou articulaires peuvent être également les premiers signes de l’hépatite virale B, avant que n’apparaisse une jaunisse (ictère) avec coloration en jaune des conjonctives et de la peau. Il peut aussi exister une décoloration des selles et une coloration sombre des urines.

D’autres signes peu spécifiques peuvent être présents, à type de douleurs abdominales, nausées, diarrhées, démangeaisons, troubles du sommeil, perte d’appétit et perte de poids. Mais souvent, l'infection aiguë par le virus de l'hépatite B ne donne pas de manifestations très apparentes et peut passer inaperçue.

Quels sont les signes de l’hépatite B chronique ?

L’infection chronique est définie par la persistance du virus VHB dans le foie et de l’antigène HBs dans le sang plus de 6 mois après la contamination virale. Elle est le plus souvent asymptomatique, en dehors d’une fatigue (asthénie), qui est signe non spécifique et non évocateur de la maladie car elle peut être due à de multiples causes.

Ainsi, l’infection au VHB est très souvent découverte tardivement et de manière fortuite. Par exemple, lors d’un don du sang, d’une grossesse ou d’un bilan sanguin…

Comment diagnostiquer l'hépatite B ?

Il n’est pas possible de distinguer l’hépatite B des autres hépatites virales sur l’analyse des seuls signes cliniques. Il est donc indispensable de confirmer le diagnostic en laboratoire. L’infection aiguë par le VHB est diagnostiquée sur la présence de l’antigène HBs et de l’immunoglobine M (IgM) dirigée contre l’antigène de la nucléocapside (anticorps anti-HBc) dans le sang.

Pendant la phase initiale de l’infection, les patients sont également positifs pour l’antigène HBe. Sa présence indique que le sang et les liquides corporels de l’individu infecté sont fortement contagieux.

Comment évolue une hépatite B ?

L'hépatite B guérit en quelques semaines sans traitement dans la majorité des cas chez l’adulte jeune et en bonne santé (plus de 90%). Dans de très rares cas peuvent survenir une hépatite aiguë fulminante (0,1% des cas) qui peut conduire à une greffe de foie. On observe cependant des formes prolongées avec persistance du virus dans l’organisme plus de 6 mois. C’est ce que l’on appelle les formes chroniques qui surviennent dans environ 5% des cas.

Le passage à la chronicité est inversement proportionnel à l’âge auquel survient l’infection. Ce risque est majeur quand l’infection survient avant l’âge de 5 ans : 90 % des enfants infectés avant l'âge d'un an, et 30 % à 50 % des enfants infectés entre un an et quatre ans, vont développer une infection chronique. A terme, les formes chroniques de l’hépatite B peuvent aboutir à une cirrhose, voire à un cancer primitif du foie (30 à 40% des cas).

Comment traite-t-on une hépatite B aiguë ?

Il n'existe pas de traitement antiviral spécifique pour l'hépatite B aiguë et le malade guérit spontanément en 28 jours en moyenne.

Le traitement vise donc principalement à améliorer les signes gênants et à assurer un bon équilibre nutritionnel pour le malade (traitement symptomatique), par exemple à remplacer les pertes liquidiennes dues aux vomissements et à la diarrhée…

Comment traite-t-on une hépatite B chronique ?

Les hépatites B chroniques ne nécessitent pas toutes un traitement. Le problème est, en effet, que le VHB est un virus à ADN, et que cet ADN peut s’intégrer dans celui des cellules infectées. Ceci explique pourquoi il très difficile d’éradiquer complètement le VHB de l’organisme une fois que la maladie est devenue chronique.

Les traitements actuels permettent donc surtout de contrôler la multiplication (réplication) du virus, ce qui limite les conséquences de l’infection sur le foie. Ils ne permettent pas le plus souvent de guérir complètement l’infection, ni les lésions du foie. La décision de traiter dépend donc de l’activité de l’infection par le virus (nombre de virus dans le sang) et de l’importance ou de l’évolution des lésions du foie.

Comment prévenir une hépatite B ?

La vaccination et les mesures d’hygiène en prévention de l'hépatite B permettent d'éviter la transmission et/ou la survenue de la maladie. La vaccination de l'hépatite B est très efficace et est recommandée en priorité à tous les nourrissons chez lesquels elle est très bien tolérée.

Un vaccin combiné peut être utilisé pour que cette vaccination soit faite en même temps que les autres (diphtérie, tétanos, coqueluche, poliomyélite infections à Haemophilus influenzae et hépatite B). Elle est réalisée par une injection à 2 mois, 4 mois et 11 mois. Un rattrapage de la vaccination devrait être proposé à tous les enfants ou adolescents âgés de moins de 16 ans qui n'aurait pas été vacciné antérieurement. Dans ce cas, seulement deux injections suffisent espacées de six mois.