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Risque cardiovasculaire

Fumer une seule cigarette par jour aumente le risque d'infarctus et d'AVC

Par Benjamin Badache

Il n'est pas nécessaire de fumer un paquet de cigarette par jour pour avoir des ennuis de santé. D'après des chercheurs britanniques, une seule cigarette par jour est mauvaise pour les artères. Il n'existe donc aucun niveau de tabagisme sûr pour les maladies cardiovasculaires. Réduire sa consommation ne sert à rien : il faut arrêter de fumer si l’on veut s’épargner les accidents cardiaques et neurovasculaires.

AndreyPopov/epictura

Fumer une seule cigarette par jour représente un risque beaucoup plus élevé de développer une maladie coronarienne ou un accident vasculaire cérébral que prévu. Dès la première cigarette, on a déjà la moitié du risque de fumer correspondant à un tabagisme à 20 cigarettes par jour. C'est ce qui ressort d'une analyse de nombreuses études publiée par le BMJ. Le risque serait de près de 50% du risque associé à un tabagisme à un paquet par jour chez les hommes et du tiers chez les femmes.
Ce résultat a des conséquences importantes pour de nombreux fumeurs et professionnels de la santé qui croient que fumer seulement quelques cigarettes par jour n’est est moins mauvais que fumer un paquet. Leur recommandation est que les fumeurs devraient cesser complètement de fumer au lieu de chercher seulement à réduire leur risque de maladies cardiaques et d'AVC de façon significative.

Moins de 6 cigarettes, c’est pour le poumon

En matière de tabac, il existe une grande variabilité de la susceptibilité individuelle, en raison de la génétique et des facteurs de risque associés.
Pour le risque de bronchite chronique ou de cancer du poumon, une relation linéaire entre la consommation de cigarette et le risque étant objectivée : il a été montré qu’un tabagisme inférieur à 6 cigarettes par jour serait nettement moins toxique pour les bronches.
Il n’en est pas de même pour le cœur, où plusieurs études menées sur des données individuelles ont montré que fumer seulement une à cinq cigarettes par jour est associé à un risque plus élevé que prévu de maladies cardiovasculaires (infarctus et AVC).

Pour le cœur, c’est dès la 1ère cigarette

Pour approfondir cette question, une équipe de chercheurs dirigée par le professeur Allan Hackshaw, de l'UCL Cancer Institute de l'University College London, a analysé les résultats de 141 études et estimé les risques relatifs de fumer une, cinq ou 20 cigarettes par jour.
Par rapport aux risques observés chez les hommes qui fument un paquet de cigarettes par jour (20), les hommes qui fument une seule cigarette par jour ont encore 46% du risque de maladie cardiaque et 41% de celui d'un AVC. Un risque beaucoup plus élevé que les 5% auquel ont aurait pu mathématiquement s’attendre. Chez les femmes, celles qui fument une seule cigarette par jour ont encore 31% du risque de maladie cardiaque et 34% du risque d'AVC par rapport au risque associé à 20 cigarettes par jour.

Seul le sevrage réduit le risque

« Nous avons montré qu'une grande partie du risque de maladie coronarienne et d'accident vasculaire cérébral existe avec seulement quelques cigarettes par jour », affirment les auteurs. « Cela surprend probablement beaucoup de gens, mais il existe aussi des mécanismes biologiques qui aident à expliquer le risque inattendu associé à un faible taux de tabagisme ».
En effet, des études cardiologiques antérieures avaient montré que le mécanisme de toxicité n’est pas le même dans le poumon que dans le cœur. Si dans les bronches, il s’agit d’un mécanisme irritatif, chaque cigarette prolongeant l’irritation et l’inflammation des bronches de la précédente, dans le cœur, il existe également une action directe sur les plaquettes, ces petits éléments circulants du sang qui sont normalement chargés de la coagulation. Une seule cigarette a tendance à exciter les plaquettes et à les rendre hyperactives. Tout ceci débouche sur un état d’hypercoagulabilité qui favorise le risque de caillot (thrombus) dans les artères, et en particulier les coronaires.

Il n'existe donc aucun niveau de tabagisme sûr pour les maladies cardiovasculaires : seul le sevrage complet est protecteur et devrait être l’objectif de toutes les politiques de prévention. Au passage, le risque associé à ce faible niveau de consommation explique la nocivité du tabagisme passif.