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Herbicide, controverse

Glyphosate : une étude sur plus de 20 ans relance le débat

Par le Dr Jean-Paul Marre

Une longue étude épidémiologique de suivi d’agriculteurs et d’épandeurs d’herbicides aux Etats-Unis montre des résultats imprévus sur les risques liés à l’exposition au glyphosate

Nolanberg11/epictura

Alors que l’Union européenne doit se prononcer prochainement sur le sort du glyphosate, une nouvelle analyse d’une étude prospective réalisée sur plus de 50 000 agriculteurs et épandeurs américains utilisant le glyphosate ne montre pas de lien entre exposition à cet herbicide et un risque d’augmentation des cancers ou des lymphomes non hodgkiniens, contrairement aux études précédentes.

Un risque inconnu de leucémie aiguë

« L’Agricultural Health Study », qui a été débutée dans les années 90, objective par contre une association entre le glyphosate et une augmentation du risque de leucémies aiguë myéloïde. Chez les agriculteurs et les épandeurs qui manipulent ce produit depuis plus de 20 ans, ce risque serait même plus que doublé et largement significatif.
Ces résultats sont publiés dans une étude très bien réalisée publiée dans le Journal of the National Cancer Institute (JNCI) et vont à l’encontre d’autres données publiées dans de grandes études, de données animales (à forte concentration). Les Monsanto Papers avaient même objectivé le fait que Monsanto disposait de données inquiétantes.

Un suivi prolongé sur plus de 20 ans

L'Agricultural Health Study une étude épidémiologique prospective qui consiste à suivre une cohorte bien individualisée de 57 310 agriculteurs et épandeurs manipulant le glyphosate et 32 347 conjoints, en Iowa et en Caroline du Nord. Elle a été lancée, aux USA, au début des années 1990, en grande partie pour explorer les causes possibles de l'incidence plus élevée de cancers (tumeurs solides et lymphomes non-hodgkiniens) dans cette population quand on la compare par rapport à la population générale.
D'un point de vue épidémiologique, concevoir une étude pour étudier les facteurs de risque de cancer associés à l’exposition à un produit qui s’est répandu dans la nature et dans beaucoup d’aliments est extrêmement difficile et soumis à de nombreux biais, mais cette étude est de très bonne qualité méthodologique.

Des données atypiques

Parmi les 54 251 agriculteurs et épandeurs, 44 932 (82,8%) ont utilisé du glyphosate et 5779 cas de nouveaux cancers y ont été observé au cours de ce suivi.
Dans les analyses sur l’ensemble du groupe suivi, le glyphosate n’est pas significativement associé à une augmentation du risque de cancer, quelle que soit sa localisation.
Par contre, parmi les épandeurs qui ont été le plus exposés au glyphosate, on observe un risque accru de leucémie aiguë myéloïde (LAM) par rapport aux autres utilisateurs (RR = 2,44, IC 95% = 0,94 à 6,32), bien que cette association ne soit pas statistiquement significative (P = 0,11).
Enfin, le risque de leucémie aigue myéloïde croit avec la durée d’exposition et devient statistiquement significatif au-delà de 20 ans d’exposition (RRTertile 3 = 2,04, IC 95% = 1,05 à 3,97 ; P = 0,04).

Un produit désormais ubiquitaire

Le glyphosate est l’herbicide le plus utilisé au monde. On en retrouve dans près de 40% des aliments consommés couramment, même si les doses qui y sont retrouvées sont très en dessous des limites maximales tolérées.
Il est classé « cancérogène probable » par le Centre International de Recherche sur le Cancer, un organe de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), avec de fortes preuves mécanistiques et des associations significatives pour le lymphome non hodgkinien dans certaines études épidémiologiques.
L’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments et l’Agence Européenne des Produits Chimiques ont toutes 2 conclu que les connaissances scientifiques disponibles ne sont pas suffisantes pour une telle classification. Ces instances ont cependant été critiquées pour leur proximité avec l’industrie chimique. 

Des données rassurantes à court terme

Une évaluation antérieure de l'Agricultural Health Study, réalisée sur une dizaine d’années de suivi (suivi allant jusqu'en 2001), n'avait trouvé aucune association statistiquement significative entre l'utilisation du glyphosate et le risque de cancer, quel qu’il soit.
Cette étude sur 20 ans de suivi objective un nouveau risque associé à l’exposition prolongée au glyphosate (les leucémies aiguës myéloïdes) mais ne trouve pas d’augmentation du risque de tumeurs solides et de lymphome non hodgkiniens.
Le glyphosate divise au sein de l’Union Européenne. Récemment, les états-membres ne sont pas parvenus à s’accorder sur une prolongation de cinq ans de la licence de cet herbicide controversé. Un nouveau vote devrait avoir lieu prochainement à Bruxelles. Nul doute que cette étude ne va pas contribuer à la sérénité des débats.

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