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Maladies neurodégénératives

Un lien établi entre mauvais sommeil et maladie Alzheimer

Par Mathias Germain

Des chercheurs américains ont constaté que les personnes sans problème de mémoire mais qui dormaient mal étaient plus nombreuses à avoir des plaques amyloïdes dans le cerveau.

LEMAIRE/ZEPPELIN/SIPA
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Un sommeil perturbé, de mauvaise qualité, pourrait être un signe précoce de la maladie d’Alzheimer. Des chercheurs de l’université de médecine de Saint-Louis aux Etats-Unis ont en effet constaté que les personnes sans problème de mémoire qui dormaient mal étaient plus nombreuses à avoir des plaques amyéloïdes dans le cerveau. Or, la présence des plaques amyloïdes est un des signes cliniques de la maladie d’Alzheimer…
Pour mettre en évidence cette association entre qualité du sommeil et premiers signes cliniques d’Alzheimer, les chercheurs ont analysé le sommeil de 142 personnes âgées en moyenne de 65 ans, grâce à l’actigraphie, un appareil qui mesure les mouvements du dormeur, et ils ont déterminé la présence de dépôts amyloides en analysant le liquide céphalo-rachidien. Résultat : plus de 20% des personnes avaient un sommeil agité et ces personnes présentaient un taux beaucoup plus élevé de peptides béta-amyloïde 42 dans le liquide céphalo-rachidien. Pour le Pr David Holtzman, un des chercheurs américains, ces résultats renforcent le lien entre qualité du sommeil et apparition de la maladie ».  Cette équipe de chercheurs n’en est pas à son premier coup d’essai puisqu’en 2012, elle avait aussi démontré, chez la souris cette fois, que l’apparition des plaques amyloïdes était associée à des troubles du sommeil.

Mais est-ce la mauvaise qualité du sommeil qui provoque ces dépôts amyéloides ou l’inverse ? L’étude chez l’homme ne permet pas de répondre. « Cette étude renforce l’intérêt de prêter attention à la qualité du sommeil, mais elle n’établit pas de lien de cause à effet. On ne peut pas affirmer qu’un problème de sommeil conduira forcément à la maladie d’Alzheimer, rassure le Pr Florence Pasquier, neurologue. La responsable du Centre mémoire ressources et recherches au CHRU de Lille souligne que la mauvaise qualité du sommeil est surtout associée à une autre maladie apparentée à Alzheimer, la maladie à corps de Lewy. C'est une forme de trouble cognitif caractérisée par des dépôts anormaux d’une protéine appelée alpha-synucléine qui se forment à l’intérieur des cellules nerveuses du cerveau. Ces dépôts sont appelés « corps de Lewy », d’après le nom du scientifique qui fut le premier à les décrire. Les dépôts interrompent les messages transmis par le cerveau. La maladie à corps de Lewy affecte surtout les parties du cerveau liées aux fonctions cognitives et au mouvement. Elle peut se développer seule ou de concert avec la maladie d’Alzheimer ou la maladie de Parkinson. Elle représente entre 5 et 15 % de tous les cas des troubles cognitifs irréversibles.

Ecouter le Pr Florence Pasquier, neurologue, responsable du CMMR au CHRU de Lille.« Les dépôts amyloïdes se voient aussi beaucoup dans la maladie à corps de Lewy ».
 

 Néanmoins, selon plusieurs études, près de 40% des malades diagnostiqués Alzheimer ont des troubles du sommeil. Et surtout  les perturbations du sommeil sont associées généralement à des altérations cognitives et fonctionnelles plus importantes, et à un déclin plus rapide selon les études. « C’est certain, les troubles du sommeil sont en effet à rechercher chez les personnes qui ont une plainte cognitive, explique le Pr Florence Pasquier. Mais les troubles du sommeil  peuvent aussi s’expliquer par d’autres facteurs, par exemple lorsqu’il y un syndrome d’apnée du sommeil, ou tout simplement parce qu’il y a une mauvaise hygiène du sommeil ».

Ecouter le Pr Florence Pasquier. « Le message important, c’est que le sommeil a des répercussions sur le fonctionnement cognitif, mais que cela peut être remédiable. »
 

Rappelons que le risque de développer la maladie double tous les cinq ans après 65 ans, selon un rapport publié en 2012 par l’Organisation internationale de la santé et la Fédération des associations pour Alzheimer. A 65 ans, elle touche 2,3 % des hommes et 3 % des femmes et atteint 33 % des hommes de plus de 90 ans et 48 % des femmes du même âge.