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Bataille scientifique

La longévité n'aurait pas de limite biologique

Par Anne-Laure Lebrun

Cinq équipes de recherche assurent que l'espérance de vie humaine n'a pas encore atteint de barrière physiologique. Celle-ci n'existerait même pas. 

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La durée de vie de l’espèce humaine va-t-elle continuer à s’allonger ? Existe-t-il une limite biologique ? Ces questions agitent le monde scientifique depuis de longues années, en particulier depuis la mort la Française Jeanne Calment, décédée à l’âge de 122 ans.

En octobre 2016, des chercheurs de l’Ecole de médecine Albert Einstein de New York (Etats-Unis) ont assuré qu’elle resterait sûrement la doyenne de l’humanité. Selon leurs calculs, l’être humain ne pourrait pas dépasser 115 ans. Mais de nouvelles études publiées, elles aussi, dans Nature Communications Arising affirment aujourd’hui le contraire.

Au total, cinq équipes de recherche internationales réfutent les travaux des chercheurs new yorkais. Parmi elles, des scientifiques de l’université McGill (Canada) ont repris les données exploitées par les chercheurs de l’Ecole de médecine Albert Einstein pour étayer leur thèse.


Pas de limite définie

Ils ont ainsi analysé les données démographiques disponibles sur les centenaires dans 4 pays (États-Unis, France, Japon et Grande-Bretagne) depuis 1968. S’ils constatent eux aussi qu’aucune femme ou homme n’a battu le record de Jeanne Calment depuis 1997, les scientifiques canadiens concluent qu'une durée maximale de longévité ne peut pas être mise en évidence. Et dans le cas où celle-ci existerait bel et bien, elle ne peut pas encore être déterminée.

« C'est simple : nous ignorons l'âge maximal que peut atteindre l'être humain, garantit Siegfried Hekimi. À vrai dire, si l'on extrapole à partir des données historiques d'espérance de vie maximale et moyenne dont on dispose, celles-ci pourraient encore augmenter bien longtemps ».


La science progresse toujours

Pour ces chercheurs, il paraît impossible de prédire l'évolution de l'espérance de vie chez l'être humain car la technologie et la médecine continuent de progresser. « On peut difficilement fixer une limite, poursuit le chercheur. Il y a 300 ans, les gens mouraient souvent dans la fleur de l'âge. Si on leur avait dit qu'un jour, la plupart des êtres humains pourraient espérer souffler cent bougies, l'éventualité leur aurait paru complètement farfelue. »

Aussi, les chercheurs se refusent-ils d’affirmer qu’il n’y aura plus jamais de Jeanne Calment. En revanche, ils assurent que les travaux de l’Ecole de médecine Albert Einstein de New York comportaient des biais et des erreurs statistiques. La bataille scientifique n’en est qu’à ses débuts.