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Guy Fagherazzi, épidémiologiste

Boissons sucrées : "Les habitudes s’installent dès le plus jeune âge"

Par Audrey Vaugrente

ENTRETIEN – À raison d’une canette par jour, les Canadiens boivent trop sucré. Cela provoquera 63 000 décès au cours des 25 prochaines années.

dasha11/epictura

L’addition est salée. En moyenne, les Canadiens consomment près d’une canette de boissons sucrées par jour (44 cl). Cette mauvaise habitude va provoquer 63 000 décès au cours du prochain quart de siècle. Pour le système de santé, cela représente une facture faramineuse : plus de 50 milliards de dollars canadiens, soit 35 milliards d’euros. L’université de Waterloo (Canada), à l’origine de cette projection, tire la sonnette d’alarme.

Les jeunes sont au cœur de la crise annoncée. En effet, les 9-18 ans absorbent plus d’une canette (57 cl) de boissons sucrées. Sur une base quotidienne, ils consomment donc 64 grammes de sucre. Et ce sans compter les autres sources de glucose. C’est largement plus que les 10 % de l’apport alimentaire, le seuil recommandé par l’Organisation Mondiale de la Santé.

Le Canada est loin d’être isolé sur ce plan. La France se montre plus raisonnable, avec 14 centilitres par jour et par habitant. Mais cela reste excessif. Guy Fagherazzi, épidémiologiste à l’Institut Gustave-Roussy (Villejuif, Val-de-Marne), détaille les enjeux de cette épidémie.

Comment expliquez-vous ces chiffres ?

Guy Fagherazzi : Ce qui explique le fort impact de la consommation de ce type de boissons sur la mortalité, c’est principalement l’effet sur le poids et le surpoids. La consommation excessive de sucre est directement liée à une prise de poids et une augmentation du risque d’obésité. Tout cela a un impact majeur sur les maladies métaboliques, sur certains cancers. Si la tendance se maintient, on va observer une explosion des cas de diabète de type 2 et de certains cancers liés à l’obésité.

Ecoutez l'intégralité de l'entretien avec Guy Fagherazzi 


Quelles approches préventives ont fait leurs preuves ?

Guy Fagherazzi : En termes de prévention pour limiter la consommation de ce type de boissons sucrées, certaines méthodes commencent à montrer leurs effets. La taxation des boissons sucrées à l’échelle d’une population entière montre que dans certains cas, la stratégie paie. Il y a aussi une grosse volonté de limiter la consommation des plus jeunes, car les habitudes de consommation s’installent dès le plus jeune âge. Une des méthodes mises en place en France, c’est l’interdiction des distributeurs à volonté de ce type de boissons.


Justement, quelles sont les règles à recommander aux parents ?

Guy Fagherazzi : Les recommandations les plus simples, c’est vraiment de limiter la consommation de sodas quelle qu’elle soit : boissons classiques avec des sucres ajoutés, mais aussi les boissons à base d’édulcorant avec un goût artificiellement sucré. Ce n’est pas une alternative saine. Le dernier message, c’est de maximiser la consommation d’eau ou de thé pour s’hydrater. C’est toujours la meilleure des solutions.


Est-ce que le light vaut vraiment mieux que les boissons sucrées ?

Guy Fagherazzi : Il y a aujourd’hui une vraie controverse sur l’effet des boissons à base d’édulcorants. La littérature sur le sujet montre des résultats discordants. Il y a une tendance, au cours des dernières années, à montrer qu’une consommation excessive de boissons à base d’édulcorants est associée à long terme à un plus grand risque de surpoids, de diabète, à une modification du microbiote qui peut mener à une résistance à l’insuline et donc à des maladies métaboliques. En attendant d’avoir plus d’informations sur ce sujet, il faut appliquer le principe de précaution.