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Perturbateur endocrinien

Bisphénol A : les ouvriers du plastique sont 70 fois plus contaminés

Par Marion Guérin

Les employés des usines qui utilisent le bisphénol A ont des concentrations jusqu’à 1000 fois supérieures à celles de la population générale.

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Il intoxique les populations, pollue les sols et tue à petit feu les travailleurs qui le façonnent. Le bisphénol A (BPA), ce perturbateur endocrinien massivement utilisé dans l’industrie du plastique, contamine les ouvriers des usines qui y ont recours. Les résultats d’une étude fédérale menée sur des travailleurs américains sont de ce point de vue particulièrement édifiants.

Ils montrent que les employés des usines qui utilisent ou fabriquent du bisphénol A ont des concentrations inquiétantes de produit chimique dans leur organisme. En moyenne, les taux de BPA dans leur corps sont 70 fois supérieurs à ceux observés en population générale.

1000 fois supérieures

Chez certains travailleurs, cette contamination a atteint des niveaux vertigineux. Certains possédaient des taux 1000 fois supérieurs à la plus haute concentration enregistrée en population générale aux Etats-Unis, précise encore l’étude publiée ce mercredi dans la revue Annals of Work Exposures and Health.

C’est la première fois qu’une étude se penche sur l’exposition au bisphénol A dans les usines américaines. Les analyses ont porté sur 77 ouvriers employés dans six entreprises américaines qui fabriquent ou utilisent du BPA. En 2013 et en 2014, les participants ont fourni plusieurs échantillons urinaires, réalisés après deux jours consécutifs de travail.

L’analyse des échantillons montre que l’organisme des employés pouvait se charger en BPA au bout de quelques jours de travail seulement. Alors qu’en population générale, l’imprégnation au BPA s’établit à un peu moins de deux microgrammes/gramme, chez un employé, cette contamination atteignait 18 900 microgrammes/gramme.

La peau absorbe

« La peau peut agir comme une barrière, mais nous devons avoir en tête qu’il s’agit aussi d’une énorme surface qui peut absorber les substances chimiques, souligne la chercheuse à l’origine de ces travaux. C’est un organe très efficace pour absorber des produits qui ressemblent à des hormones ».

Aux Etats-Unis (tout comme en France), il n’existe pas de seuils maximums d’exposition au BPA sur le lieu de travail. « Si nous avions clairement des niveaux d’exposition, comme pour le plomb, nous pourrions déployer des mesures supplémentaires afin d’alerter les travailleurs sur les risques qu’ils encourent », explique encore la chercheuse, qui appelle à une prise de conscience sur la toxicité du bisphénol A et sur la vulnérabilité d’une partie de la population. En effet, l’impact d’une telle exposition sur les fonctions reproductives et hormonales est bien connu et, dans ces circonstances, particulièrement alarmant.