ACCUEIL > QUESTION D'ACTU > Affiches contre le Sida : "pas choquantes pour les enfants"

Dr Frédéric Kochman

Affiches contre le Sida : "pas choquantes pour les enfants"

Par Bruno Martrette

Pour le Dr Frédéric Kochman, la campagne de prévention antisida, mettant en scène des homos, ne porte pas préjudice aux enfants. 

belchonock/epictura

Après Marisol Touraine, ministre de la Santé, c'est au tour du préfet de Seine-Saint-Denis (93) de défendre la campagne de prévention contre le sida. Les affiches de la discorde mettent scène des couples homosexuels qui s'enlacent avec les messages suivants : « "Avec un amant, un ami, un inconnu" ou "Coup de foudre, coup d'essai, coup d'un soir" ». 

Face à la demande de retrait des familles catholiques, et au passage à l'acte de deux maires (à Aulnay-sous-Bois et Angers), le haut fonctionnaire a introduit un recours devant le Tribunal administratif de Montreuil. Il l'a assorti d'une demande de suspension de la décision du maire d'Aulnay-sous-Bois qui a pris un arrêté mardi pour faire retirer les affiches sur l'ensemble de la commune. 

Sur BFMTV, l'édile a expliqué : « Quand on met des messages subliminaux d'une aventure d'une nuit, d'accouplement sans parler d'amour de manière aussi lapidaire, sur un abribus sans contextualiser, j'imagine un enfant de cinq ans qui sans libre-arbitre peut avoir une certaine confusion dans l'esprit ».
Face à cette crainte exprimée par Bruno Beschizza, qu'en pense le corps médical ? Interrogé par Pourquoidocteur, le Dr Frédéric Kochman, pédopsychiatre à la clinique Lautréamont de Loos (Nord), estime qu'il n'y a aucun risque pour les enfants.

Ces images sont-elles à même de choquer des enfants ?
Dr Frédéric Kochman : Les images que voient les enfants sur le chemin de l'école ne sont rien par rapport à certains jeux vidéo ultra-violents ou des images qu'ils vont retrouver sur les réseaux sociaux. Il faut éviter de prendre les enfants pour des naïfs qui n'ont jamais rien vu. J'ai vu ces photos, en tant que pédopsychiatre, j'estime qu'elles n'ont rien de choquant pour les enfants d'aujourd'hui élevés dans un climat de tolérance.
A l'heure du "mariage pour tous", deux personnes qui s'aiment peuvent être deux hommes, deux femmes, etc., ce qui compte, ce sont plus les sentiments pour nos jeunes. L'important, c'est qu'ils perçoivent que ces couples s'aiment et sont heureux ensemble.

Sur les slogans, comment répondre à leurs interrogations ?
Dr Frédéric Kochman : Il faut leur donner des exemples qui vont les toucher. On peut par exemple leur dire que "coup d'un soir" n'est pas une belle phrase, mais que cela veut dire que certaines personnes peuvent vivrent un moment d'amour très court. On peut même les interpeller en leur demandant si eux-mêmes n'ont pas été amoureux d'un ou d'une petit(e) camarade seulement quelques jours. Tous les enfants s'y reconnaitront et diront très certainement qu'ils ont aussi vécu cela. L'essentiel, c'est d'avoir un langage adapté à l'enfant pour leur expliquer que les passions peuvent aussi bien être très courtes que durer toute une vie.

Ecoutez...
Dr Frédéric Kochman : « On a chez les jeunes des modèles de sentiments courts, brefs, ils peuvent donc comprendre les différents engagements physiques...»

 

Que dire à ceux qui pensent que l'exposition détermine une sexualité ?
Dr Frédéric Kochman : C'est un point essentiel du débat. Ce ne sont pas les images et la vie quotidienne qui vont influencer en quoi que ce soit les préférences sentimentales, amoureuses, et physiques d'un enfant. En aucun cas le fait de montrer des images à des jeunes n'aura d'influence sur sa propre sentimentalité. Ni même sur la sexualité qui vient après. D'abord, ce sont les sentiments qui viennent, c'est l'envie et le fait de trouver quelqu'un BG (beau gosse) ou pas BG comme disent les jeunes. Je suis catégorique, les images n'influencent en rien, toutes les études sont consensuelles sur le domaine. Vous pouvez donc montrer toutes les images que vous voulez à des enfants, cela ne changera en rien leur sexualité.