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En augmentation de 3 %

Secours Catholique : la pauvreté des familles s'accroit

Par Julian Prial

Le Secours Catholique français a rencontré 1 463 000 personnes en difficulté en 2015. Un chiffre en augmentation de près de 3 % par rapport à 2014. 

Epictura/Cylonphoto

« Nous constatons un appauvrissement croissant des familles ». C'est le constat du rapport statistique 2016 publié par le Secours Catholique. Il repose sur l'analyse de 85 179 situations distinctes parmi les 1 463 000 personnes accueillies par l'association en 2015 (+2,7 % par rapport à 2014). Il dessine un paysage de la France des pauvretés où les disparités territoriales et les inégalités ne cessent de se creuser. La crise financière que connait le pays depuis 2007 est sans doute passée par là.

Avec respectivement 57 % et 55 %, le besoin d’écoute et les besoins alimentaires restent de loin les principales demandes exprimées par les personnes accueillies par le Secours Catholique.

672 euros par mois 

Suivent ensuite des demandes diverses d’aide au paiement du loyer et de factures (18 %), de vêtements (10 %) et de frais de transport, ou encore d’accompagnement dans les démarches administratives. Se nourrir reste donc un défi pour les personnes rencontrées, surtout que le prix des denrées alimentaires a fortement augmenté depuis quelques années.

Difficile donc d'équilibrer un budget. D'autant plus que l'immense majorité des personnes accueillies par le Secours catholique (92 %) restent en dessous du seuil de pauvreté (1008 euros/mois) et 65 % vivent avec moins de 672 euros par mois. Parallèlement, la proportion des ménages sans ressources a continué d'augmenter pour atteindre 19,5 % en 2015. Soit quatre points de plus qu'en 2010.

9 millions de personnes pauvres en France 

Mais la misère ne s'arrête malheureusement pas aux portes de l'association. Le Secours Catholique estime que près de 9 millions de personnes, dont 3 millions d’enfants, vivent dans la pauvreté en France. 

Et certains publics sont plus touchés que d'autres. « Nous constatons une précarisation croissante des familles, des femmes et des enfants, ainsi que des personnes d’origine étrangère, avec davantage de personnes sans ressources, en logement très précaire », est-il écrit dans le rapport. « Contrairement à ce que l’on croit cette augmentation n’est pas due à l’accroissement du nombre de migrants présents sur le territoire mais au fait que la situation de cette catégorie d’individus est de plus en plus fragile », précisent les auteurs.

Et à quelques jours du premier tour de la primaire de la droite et du centre, l'association conclut son rapport en appelant l'ensemble des candidats aux élections présidentielles de 2017 à faire de la fin de la pauvreté l'enjeu prioritaire.
« Depuis dix ans, cette précarisation s’accroît et nous ne parvenons pas à faire reculer la pauvreté dans notre pays. Cela mine les fondements de notre société.  La lutte contre la pauvreté, et particulièrement contre le chômage de longue durée, devrait être portée au plus haut niveau dans la campagne électorale, ce qui n’est malheureusement pas le cas ». 

Le sort dramatique des étrangers 

« Depuis les années 2000, nous constatons une augmentation régulière de la proportion des personnes étrangères dans les accueils du Secours Catholique » relate l''association. Elle révèle que le chiffre a même quasiment doublé en quinze ans (20 % à 36,4 %). Alors que la population étrangère présente en France est, elle, globalement stable.

Cette précarisation rampante des étrangers s’explique par une plus grande “précarité administrative” qui génère des difficultés d’accès aux droits, ainsi que par la restriction de ces droits. En effet, les lois régissant l’accès au séjour des étrangers se sont durcies régulièrement ces quinze dernières années. Les cartes de séjour délivrées ont une durée limitée à un an et leur renouvellement est long et compliqué. Ainsi, même pour les personnes “en situation régulière” (43 %), il est difficile d’avoir accès aux droits (logement, santé, emploi, allocations familiales, etc.). Beaucoup d’entre elles sont d’ailleurs des travailleurs pauvres.

La situation est encore plus catastrophique pour les personnes en situation irrégulière (18 %) car elles n’ont légalement pas de droits, ou très peu, et elles sont mises au ban de la société. Par exemple, elles vivent souvent dans des logements précaires (squats, chambres d’hôtels, bidonvilles) car elles n’ont pas accès à un dispositif d’hébergement déjà saturé.