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Déserts médicaux : les patients dénoncent le silence des politiques

Déserts médicaux : les patients dénoncent le silence des politiques RICLAFE/SIPA

  • Publié 05.11.2016 à 08h00
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REPORTAGE - D’ici 2020, 5 généralistes sur 14 partiront en retraite dans la ville bretonne de Douarnenez. Des milliers de patients pourraient se retrouver sans médecins. Une pénurie, déjà perceptible, qui préoccupent les habitants. Des inquiétudes dont ils aimeraient que les politiques se fassent l’écho.


Ce matin-là, le Dr Jacques Bœuf ne se rend pas à son cabinet. Le médecin généraliste de Douarnenez (Finistère) a rendez-vous à 9h à la Faculté de Brest, à une heure de voiture de la station balnéaire. Il participe au « Généraliste Dating : 60 secondes pour convaincre », un événement organisé par l’Agence régionale de santé (ARS) Bretagne pour aider les communes en difficulté à trouver de futurs médecins. Près d’une trentaine de villes du Finistère et du Morbihan sont représentées par leurs élus ou des professionnels de santé.

Beaucoup de participants se connaissent déjà. De nombreuses communes voisines ont fait le déplacement. Autour d’un café et d’un croissant, le Dr Bœuf échange avec ses confrères et les élus. Plusieurs d’entre eux sont un peu amers. Ils ont le sentiment d’être seuls à se battre pour attirer une nouvelle génération de médecins. « Nous sommes à la veille des élections présidentielles. Tous les candidats devraient prendre position sur l’avenir de notre système de soins », affirme Paul Divanac’h, le maire de Plonévez-Porzay (Finistère).

 

Ecoutez...
Jacques Boeuf, médecin généraliste à Douarnenez : « Du moment qu'il existe des carences, les collectivités et les politiques sont bien obligés de s'en saisir sous peine de voir leur territoire déserté... »

 

Un sentiment partagé par trois-quarts des Français, selon un sondage Odoxa paru en mars dernier. Car force est de constater que les questions d’accès aux soins ont déserté les débats politiques.

Pourtant, la santé est un sujet de préoccupation majeur pour toutes les communes victimes de la désertification médicale, et leurs habitants. Au « Généraliste dating », elles font face au même dilemme : le manque de médecins et l’angoisse du départ de ceux qui restent. Car en Bretagne, parmi les 4 796 médecins, près d’un généraliste sur cinq a plus de 60 ans. C’est le cas du Dr Jacques Bœuf qui s’apprête à partir en retraite fin novembre sans avoir de relève. « Mon cabinet est isolé et n’est pas aux normes pour l'accès des personnes handicapées. Ce n’est pas ce que cherchent les jeunes médecins, explique-t-il. Ils veulent travailler en groupe dans des locaux neufs et tout ce qui va avec ».


Colère des patients

Il est vrai que son pavillon au jaune vieilli ne correspond pas vraiment aux aspirations des jeunes médecins. L’entrée étroite propose deux portes : le bureau du généraliste, et la salle d’attente dans laquelle le médecin diffuse France Info pour couvrir les discussions qui ont lieu dans son bureau, séparé par une mince cloison.

En ce début des vacances de la Toussaint, la salle d’attente se remplit lentement. Les patients sont surtout venus récupérer leur dossier médical à quelques semaines de la fermeture du cabinet. « On va le regretter le Dr Bœuf. Surtout que ce n’est pas facile de trouver un autre médecin en qui on a confiance », confie Laurent. « Et puis trouver un nouveau médecin ne va pas être facile », ajoute François, une cinquantaine d’années, d’une voix inquiète.

Crédit : Dr Jacques Boeuf à son bureau. Anne-LaureLebrun/Pourquoidocteur

 

Car le Dr Bœuf n’est pas le seul sur le départ. D’ici 2020, au moins 5 médecins sur les 14 restants à Douarnenez prendront leur retraite. Et comme Jacques Bœuf, la plupart sont en exercice isolé dans des locaux ancins, ce qui rend leur succession incertaine. Et dans le même temps, les plus jeunes ne peuvent plus accueillir de nouveaux patients.

Les Douarnenistes sont alors obligés de faire plusieurs kilomètres en voiture pour aller chez le médecin. Des difficultés d’accès aux soins qui les préoccupent et suscitent leur colère. « Où vont les médecins que l’on forme ? Je vais être méchant mais c’est avec l’argent public que l’on paye leurs études. On peut donc imaginer que les médecins doivent le rendre à la collectivité. C’est peut être radical mais c’est un raisonnement qui en vaut un autre », s’interroge Jacques, 80 ans.

Contraindre les médecins à s’installer dans des zones en difficulté est une idée partagée par de nombreux patients du Dr Bœuf. « Beaucoup d’associations d’usagers prônent cette solution, mais ce n’est pas l’idéologie des médecins, et encore moins des jeunes et des syndicats », commente le généraliste.

 

Ecoutez...
Philippe Paul, sénateur-maire de Douarnenez : « Nous parlons du problème de la démographie médicale depuis des années. Mais c'est comme si on venait de le découvrir... »


Responsabilité politique

Mais médecins et patients se retrouvent sur un point : cette pénurie est la responsabilité des pouvoirs publics et politiques de la ville. « La maison médicale qu’avait proposé le Dr Bœuf était une bonne solution, et il faudrait que le maire fasse avancer le projet. C’est quand même plus important qu’un joli rond-point ou une piscine, non ? », estiment Marie, 55 ans et Françoise, 77 ans.

Ce projet cristallise de nombreuses tensions. Mairie, communauté de communes, professionnels de santé n’arrivent pas à s’accorder. « Des médecins m’ont demandé quels étaient les terrains disponibles sur la ville. Il existe 4 possibilités mais je n’ai pas eu de retour de leur part, se défend Philippe Paul, le sénateur-maire de Douarnenez. En parallèle, la communauté de commune mène ses propres démarches pour construire cette maison médicale dans un ancien bâtiment des affaires maritimes dont personne ne veut ».

Fatigué des réunions qui rassemblent de moins en moins de monde et ne mènent nul part, un groupe de 5 médecins a décidé de créer son propre cabinet dans une structure moderne proche du Centre Hospitalier de Douarnenez. Sur une même zone se concentre le cabinet médical, le laboratoire d’analyse et un centre de radiologie. « Nous expliquons à nos élus que c’est urgent depuis 4 ans. Mais rien n’avance. C’est décourageant. Donc quand nous avons eu besoin de nous agrandir, nous n’avons pas attendu leur bénédiction », explique le Dr Christophe Attencourt, l’un des 3 propriétaires du cabinet.

Cette structure est la seule à rassembler des médecins généralistes, et qui plus est les plus jeunes. Pourtant ce regroupement de praticiens ne permettra pas d’absorber les milliers de patients sans médecin dans quelques années. La construction de nouvelles structures capables d’attirer et accueillir une nouvelle génération semble indispensable. D’autant que les patients n’attendent que cela. « La première question que je vais poser à mon futur généraliste sera “quel est votre âge ?“. S’il a moins de 50 ans, ça peut aller. Par contre s’il a plus de 60 ans, ce ne sera pas possible. Il faut quelqu’un pour me suivre jusqu’à mes 100 ans », glisse hilare Jacques.  

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