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QUESTION D'ACTU

135 GHT

Hôpitaux : les gagnants et les perdants des regroupements

135 GHT ont été constitués pour favoriser le travail en réseau des 850 hôpitaux français. Censés favoriser l’accès aux soins, ils restent redoutés par certains usagers. 

Hôpitaux : les gagnants et les perdants des regroupements vilevi/epictura

  • Publié 07.07.2016 à 07h47
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Dénommé cette année Paris Healthcare Week, le salon de l'Hôpital s'est déroulé fin mai. Lors de cette grande messe hospitalière, Marisol Touraine a rappelé son engagement pour l’hôpital public. La preuve en a été  l’annonce d’un nouveau plan d’investissement de 2 milliards d’euros sur cinq ans qui bénéficiera aux établissements publics comme privés.

Dans un discours prononcé ce jour-là, la ministre de la Santé avait aussi défendu sa réforme des groupements hospitaliers de territoire, dits les GHT. Une réforme qui a vu le jour ce vendredi 1er juillet, date à laquelle chaque hôpital doit désormais faire partie d’un GHT. Et leur nombre sur l'ensemble du territoire est à présent connu.

135 groupements hospitaliers de territoire (GHT) sont déjà constitués. L'objectif : « Permettre de garantir à tous les patients un meilleur accès aux soins sur l’ensemble du territoire », indique un communiqué du ministère de la Santé.  
Marisol Touraine y rappelle aussi le travail d’approfondissement qui s’ouvre maintenant pour préciser concrètement les projets médicaux de territoire qui seront partagés d'ici 5 ans.

Le GHT Centre-Val-de Loire comme exemple

Mais l'idée de se regrouper pour mieux coordonner les soins est un vieux serpent de mer de la politique de santé française. Pour montrer que cette ambition est réalisable, la ministre cite souvent sa région comme un exemple de la bonne application de la réforme. En Centre-Val-de-Loire, elle affirme qu'elle a été adoptée par le milieu hospitalier dans « un esprit constructif ».

« Des coopérations à l’échelle de chaque département existent déjà », soutient même la ministre. Une version confirmée par Patrick Faugerolas, directeur-coordonnateur du GHT d'Indre-et-Loire. Contacté par Pourquoidocteur, ce responsable  confirme que, depuis septembre dernier, plus de 200 médecins ont participé à l'élaboration du projet médical validé par 35 instances.

Le GHT Touraine Val-de-Loire comprend pas moins de 7 établissements hospitaliers, 3 EHPAD (1), 2 structures de HAD (2), et 3 établissements privés. « Nous sommes en train d'élaborer une stratégie de groupe pour mieux prendre en charge les patients. C'est du concret. Par exemple, nous allons travailler à la création de filières de courts séjours gériatriques ». A terme, ce dispositif vise à faire disparaître le passage des personnes âgées aux urgences. Ils sont aujourd'hui trop nombreux voire parfois inutiles. 

Des projets en cours et à venir 

Autre grand projet de ce GHT, développer une stratégie de diagnostic précoce des risques durant la maternité. Portée par le CHU de Tours, elle va être déployée dans tous les établissements de santé qui ont, soit une maternité, soit un centre de périnatalité. C'est le projet PReGnanT.SEE (Prévention des Risques de la Grossesse dès le premier Trimestre - Sécurisation Et Evaluation) qui a vu le jour en 2015.

Ecoutez...
Patrick Faugerolas, coordonnateur du GHT d'Indre-et-Loire : « Notre GHT a aussi pour projet de garantir une prise en charge chirurgicale dans les hôpitaux de proximité. Cela afin d'éviter que tous ces patients affluent directement au CHU de Tours... »

 

Les établissements de la région Centre n'ont pas attendu l'arrivée des GHT pour monter des partenariats. Depuis deux ans, la maternité de Chinon (Indre-et-Loire) fonctionne ainsi dans la cadre d'une fédération médicale inter-hospitalière et d'un groupement de coopération sanitaire (GCS) où elle est associée à des hôpitaux et cliniques. D'autres partenariats existent également pour la prise en charge des adolescents ayant quitté l'école suite à un refus scolaire anxieux. Idem, pour la prise en charge des troubles du comportement alimentaire.
Enfin, de nombreuses coopérations ont vu le jour pour faire des économies de logistique (achats informatiques par exemple). « Le tout sans fermeture de services ni de lits », se réjouit Patrick Faugerolas.

Ecoutez...
Patrick Faugreolas : « Grâce à ces partenariats régionaux, la maternité de Chinon a réussi à conserver son label "amie des bébés. Il n'y en a qu'une quinzaine en France. »


Des patients pas toujours satisfaits...

Mais les regroupements ne sont pas toujours un fleuve tranquille. Et le diable commence dans les découpages, fait remarquer le CISS (3) qui représente les usagers. Dans un communiqué récent, il raconte l'histoire du Centre hospitalier de Brioude (Haute-Loire) qui depuis plusieurs années a engagé des coopérations hospitalières et des consultations avancées avec le Centre hospitalier d’Issoire (Puy-de-Dôme) et le CHU de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).

Sauf que la réforme des GHT lui somme de changer de filière pour concourir à un GHT avec le Centre hospitalier du Puy-en-Velay (Haute-Loire). Ce dernier adresse les patients au CHU de Saint-Etienne. Pour les malades, ce changement ne sera donc pas sans conséquence : « Le temps de transport pour aller vers un CHU ne sera plus d’une heure (Clermont-Ferrand) mais de deux heures (Saint-Etienne) ! », déplore le CISS.
« Et pour les budgets publics, dont on nous dit qu’ils sont contraints, les frais de transport vont doubler également… sans oublier les complications médicales du fait d’un allongement évitable des temps de transport », ajoute le Collectif.

Pire, le CISS considère qu'on marche à l’envers, car les flux de populations sont « clairement, et depuis toujours » dans le sens Brioude-Issoire-Clermont-Ferrand d’un côté et Le Puy-en-Velay-Saint-Etienne de l’autre côté... 

... même avant les GHT 

Pourtant, même dans ce cas de figure, les GHT ne sont pas responsables de tous les maux. Les grandes fusions ont commencé bien avant. Il y a neuf ans débutait en effet celle des hôpitaux de Sèvres et de Saint-Cloud dans le cadre du grand projet d'établissement CH4V (Hauts-de-Seine).
Elle a entraîné la fermeture de la maternité et du service d'urgences de la première commune. La CGT santé 92 et quelques usagers attachés à ces soins de proximité ont protesté. Idem du côté de certains élus. En février 2015, Catherine Candelier, conseillère municipale EELV, dénonçait cette décision « purement comptable et technocratique qui va priver les habitants d’un service public majeur de soins de proximité ». En vain. 

De l'autre côté, pour tenter d'apaiser la colère, l'ex-directrice d'établissement, Elisabeth Pacreau-Ledain, promettait des locaux plus beaux et plus grands qu'à Sèvres. Et la liste des prestations fournies aux mamans était longue : chambres individuelles, éclairées naturellement, baignoires à hydrojets, etc.
Les 3 500 bébés qui y sont nés en 2015 en gazouillent très certainement encore. Des Sévriens et Sévriennes ont, eux, encore du mal à avaler la pilule. Surtout ceux qui n'ont pas de voiture pour se rendre jusqu'à Saint-Cloud...

 

(1) Établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes

(2) Hospitalisation à domicile

(3) Collectif Interassociatif Sur la Santé

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