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Maladie neurodégénérative

VIH : premier cas d’Alzheimer diagnostiqué chez un patient

Par Audrey Vaugrente

Le premier cas d'd'Alzheimer a été diagnostiqué chez un patient atteint du VIH aux Etats-Unis. Le virus ne protège pas de la maladie, comme le pensaient les spécialistes.

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C’est une première dont on se serait bien passé. Les médecins pensaient les personnes séropositives protégées contre la maladie d’Alzheimer. Un homme de 71 ans vient de contredire une idée largement répandue dans le milieu de la neurologie. Son examen d’imagerie cérébrale montre les signes typiques de cette maladie neurodégénérative. Il devient ainsi le premier cas diagnostiqué à ce jour. Ses caractéristiques sont détaillées dans la revue Alzheimer’s & Dementia : Diagnosis, Assessment & Disease Monitoring.

Des troubles proches

Ce premier patient vit aux Etats-Unis, et il est suivi par R. Scott Turner de l’université de Georgetown (Washington, D.C.). Ce septuagénaire s’est rendu chez le neurologue après avoir constaté une baisse de ses performances professionnelles : il mettait plus de temps à rendre des projets et commettait davantage d’erreurs. Il présente surtout la particularité d’être séropositif.

Les troubles cognitifs ne sont pas rares chez ces patients. Ils touchent 30 à 50 % de la population infectée par le VIH. C’est ce qu’on appelle les troubles cognitifs associés au VIH, dont les symptômes sont identiques à ceux de la maladie d’Alzheimer. Mais R. Scott Turner a décidé de faire passer un PET scan à cet Américain.

Un « cas sentinelle »

L’imagerie a révélé un phénomène jusqu’ici ignoré : des plaques amyloïdes constituées d'enchevêtrements de protéines béta-amyloïde. Soit exactement les symptômes de la maladie d’Alzheimer. Jusqu’ici, les médecins pensaient que les séropositifs en étaient protégés à cause de l’inflammation liée au VIH. « Ce patient pourrait bien être un cas sentinelle qui remet en question nos idées sur les séropositifs et la démence », dément R. Scott Turner.

Avec le vieillissement de la population infectée par le VIH, le développement de troubles neurologiques était attendu. Mais le neurologue qui signe cette publication estime que les cas d’Alzheimer seraient sous-diagnostiqués. Il suggère même qu’un mélange des deux pathologies est possible. « L’infection chronique par le VIH et les dépôts d’amyloïde avec l’âge peuvent représenter une double peine pour le cerveau, ce qui aboutit à une démence progressive », explique-t-il.

Si le diagnostic est difficile à poser – du fait de la proximité des symptômes – il est crucial de différencier les deux pathologies. Car des traitements émergent contre la maladie d’Alzheimer.
Aux Etats-Unis, quatre molécules ont reçu l’approbation de l’Autorité du médicament (FDA). Contre les troubles cognitifs liés au VIH, seuls les antirétroviraux sont utilisés, dans l’espoir qu’ils traversent la barrière du cerveau.