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Etude sur le génome

Cirrhose alcoolique : une susceptibilité génétique existe

Par Audrey Vaugrente

Trois gènes qui favorisent le développement d'une cirrhose alcoolique ont été identifiés. Une équipe européenne confirme l'hypothèse d'une susceptibilité génétique.

BARON ALAIN/SIPA
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Seule une minorité des consommateurs chroniques d’alcool développera une cirrhose du foie. Pourtant, l’alcool dégrade bel et bien cet organe. Mais selon une étude parue dans Nature Genetics, des facteurs génétiques entreraient en ligne de compte. L’équipe européenne qui signe les travaux a identifié trois groupes de gènes de susceptibilité.

C’est une large étude qui a permis d’identifier deux régions de l'ADN (TM6SF2 et MBOAT7) qui favorisent le développement d’une cirrhose hépatique alcoolique, et une troisième (MBOAT7) qui aurait aussi une forte influente, sans toutefois avoir un rôle causal.
La première étape de ces travaux a consisté à cartographier le génome de 410 Allemands atteints de cirrhose et celui de 1 119 gros buveurs qui n’étaient pas atteints par cette pathologie. Dans un deuxième temps, les chercheurs ont suivi une cohorte de 301 personnes dépendantes à l’alcool et 346 contrôles.


Métabolisme des graisses

Les trois régions identifiées ont tous un rôle dans l’assimilation des lipides. « Nous supposons que ces variations génétiques confèrent un risque via un dysfonctionnement du renouvellement des lipides », écrivent les auteurs. En fait, ces travaux confirment que l’alcool est toxique pour le métabolisme des graisses au niveau du foie. Cet effet délétère est à l’origine de la cirrhose. « Nous avons calculé la fraction attribuable individuellement à chaque variation génétique. Nous ne savons pas encore si ce risque peut s'additionner, se fusionner ou même se multiplier », précise toutefois Felix Stickel, co-auteur de l'étude contacté par Pourquoidocteur.

Grâce à cette étude, le mécanisme de développement d’une cirrhose hépatique est mieux compris. Et les gros buveurs occasionnels pourraient aussi être exposés aux effets causés par ces mutations génétiques. « Les gènes prédisposant à la dépendance sont distincts de ceux que nous avons découverts, le développement d'une cirrhose est donc tout à fait possible chez des buveurs réguliers qui ne présentent aucun signe ou risque de devenir alcooliques », explique Felix Stickel. Son équipe espère d'ailleurs pouvoir mieux estimer la probabilité qu’une personne développe une cirrhose. Cela ne signifie pas pour autant que les personnes ne portant pas les gènes pourront se laisser aller sur la bouteille sans conséquence : l’alcool a bien d’autres effets qui ne sont pas détaillés ici.