Cela fait plus d’un siècle que la maladie d’Alzheimer a été identifiée. Pourtant, elle demeure mal comprise. Si ses effets sur la cognition sont aujourd’hui connus, ses causes restent incertaines. La pathologie serait la conséquence d’une conjonction de différents facteurs, dont l‘âge. Dans la revue Science Advances, des scientifiques révèlent une autre piste d’explication. Ils ont constaté un lien entre la maladie et la bactérie Porphyromonas gingivalis (Pg).
Gingivite : des signes d'infection bactérienne dans le cerveau des personnes atteintes d'Alzheimer
Cette dernière est responsable de certaines maladies parodontales, dont la gingivite. Elle a été repérée dans le cerveau de personnes décédées, atteintes de la maladie d’Alzheimer. Pour l’identifier, les chercheurs ont testé la présence de deux anticorps, ciblant la gingipaïne, un type de protéine produite par Porphyromonas gingivalis. Précisément, ils ont ciblé la lysine-gingipaïne (Kgp) et l'arginine-gingipaïne A (RgpA). "96 % (51 sur 53) des échantillons de patients atteints de la maladie d’Alzheimer (MA) étaient positifs pour RgpB et 91 % (49 sur 54) pour Kgp, concluent-ils. La charge en RgpB était significativement plus élevée dans les cerveaux atteints de la maladie d'Alzheimer que dans les cerveaux témoins non déments, et de même, la charge en Kgp était significativement plus élevée dans les cerveaux atteints de la maladie d'Alzheimer que dans les cerveaux témoins non déments." Selon eux, cette découverte démontre l’existence "de preuves solides liant P. gingivalis et la pathogenèse de la maladie d’Alzheimer ".
Dans leur étude, ces spécialistes soulignent que l'identification de ces antigènes de gingipaïne dans le cerveau d'individus atteints de la maladie d'Alzheimer et chez ceux non-atteints de démence, montre que l'infection cérébrale par la bactérie n'est pas la conséquence d'une hygiène bucco-dentaire insuffisante après l'apparition de la démence, ni celle d'un stade avancé de la maladie, mais "un événement précoce pouvant expliquer la pathologie observée chez les personnes d'âge moyen avant le déclin cognitif".
Pour aller plus loin, ils ont travaillé sur des animaux de laboratoire. "Chez les modèles animaux, l'infection orale par Pg a entraîné une colonisation cérébrale et une augmentation de la production de peptide bêta-amyloïde (Aβ), un composant des plaques amyloïdes fréquemment associées à la maladie d’Alzheimer", poursuivent-ils.
Cibler une bactérie buccale pour empêcher le développement de la maladie d'Alzheimer
Dans un second temps, l’équipe de chercheurs de l’université de Louisville dans le Kentucky a travaillé sur des pistes thérapeutiques. Soutenus par une entreprise pharmaceutique, Cortexyme rebaptisée Quince Therapeutics depuis leur étude, ils ont travaillé sur des molécules capables de cibler les gingipaïnes. Lors d’expériences, les scientifiques ont démontré que "l'inhibition du composé COR388 réduisait la charge bactérienne d'une infection cérébrale liée à Pg établie, bloquait la production d'Aβ42, diminuait la neuroinflammation et protégeait les neurones de l'hippocampe – la partie du cerveau impliquée dans la mémoire et qui s'atrophie fréquemment au début de la maladie d’Alzheimer". Des essais cliniques ont été réalisés depuis, avec différents groupes de patients, mais pour l’heure, aucun médicament n'a été autorisé.



