L’Institut Curie veut éviter les chimiothérapies inutiles. Après l’opération d’une tumeur au sein, ce traitement peut éviter les récidives. Mais les tests qui permettent de prédire son efficacité ne sont pas encore pris en charge par l’Assurance maladie. Pour en évaluer l’intérêt, à la fois économique et sanitaire, l’Institut Curie lance une étude prospective.
Sortir de la zone grise
8 centres médicaux publics et privés vont participer à ces travaux sur 200 patientes. A la tête du groupe de recherche, le Pr Roman Rouzier, chef du pôle de sénologie de l’Institut Curie. A l’origine de son projet, un constat : lorsque la tumeur est agressive, la chimiothérapie adjuvante – administrée après une intervention chirurgicale – relève de l’évidence. Mais lorsqu’elle est de plus petite taille, ou moins virulente, les cancérologues entrent dans une zone grise.
« Pour une tumeur de petite taille chez une femme ménopausée, la chimiothérapie n’est généralement pas indiquée, mais pour certaines patientes, des chimiothérapies sont prescrites sans que le bénéfice ne soit clairement avéré et malgré les risques de complications de tels traitements », résume dans un communiqué le Dr Delphine Héquet, chirurgienne à l’Institut.
Des économies substantielles
Plusieurs tests sont disponibles pour évaluer l’agressivité d’une tumeur. Mais ils ne sont pas pris en charge par la Sécurité sociale, et seules certaines complémentaires santé acceptent de les rembourser. « Les tests génomiques sont une aide à la décision thérapeutique après chirurgie du cancer du sein. Pourtant ils restent peu diffusés et peu utilisés en pratique courante du fait d’un manque de disponibilité », déplore le Pr Roman Rouzier.
L’étude que lance ce cancérologue va justement tenter de définir précisément l’utilité du test PAM50-Prosigna dans la décision de traiter ou non par chimiothérapie les femmes opérées d’un cancer à un stade précoce. Mais les travaux vont aussi mesurer la confiance qu’ont les praticiens en ce dispositif, et l’état émotionnel des patientes confrontées à cette prise de décision.
Car ce test s’avère intéressant sur le plan financier : d’un coût de 2 118 euros, il pourrait éviter des chimiothérapies allant jusqu’à 15 000 euros. D’après une étude d’impact réalisée par le Pr Rouzier, rembourser le test aurait permis une économie de 44 millions d’euros sur 53 000 patientes diagnostiquées. Mais il pourrait aussi, et surtout, éviter un traitement lourd à une patiente. Et cet intérêt sur la qualité de vie est au cœur de la pratique médicale.



