- Une étude montre que le mélanome se propage davantage à l'âge moyen qu'à un âge très avancé.
- La diminution de certaines cellules immunitaires pourrait expliquer cette vulnérabilité.
- Les chercheurs veulent désormais comprendre pourquoi le risque de cancer semble diminuer après 80 ans.
S’il est admis que le risque de cancer augmente continuellement avec l'âge, le cancer ne serait pas forcément le plus agressif chez les personnes les plus âgées. Une étude américaine présentée lors du congrès de l'American Association for Cancer Research (AACR) suggère qu'à l'âge moyen - un âge de plus en plus touché par le cancer - certaines défenses immunitaires s'affaiblissent, créant une période particulièrement favorable à la propagation des tumeurs.
Les chercheurs du Fox Chase Cancer Center ont observé un phénomène inattendu en étudiant le mélanome, la forme la plus agressive du cancer de la peau. Chez des souris jeunes, le cancer avait tendance à rester limité. Chez les souris d'âge moyen, en revanche, il se propageait beaucoup plus facilement vers d'autres organes, notamment les poumons et le foie. Plus surprenant encore, cette propagation diminuait ensuite chez les souris les plus âgées.
Quand les défenses immunitaires baissent la garde
Ces résultats, publiés dans Cancer Research, interrogent les scientifiques sur la relation complexe entre vieillissement et cancer. D'autant que des observations similaires existent chez l'être humain : après avoir augmenté pendant des décennies, l'incidence de certains cancers semble reculer chez les personnes de plus de 80 ans. Pour comprendre ce phénomène, les chercheurs se sont intéressés au système immunitaire. Ils ont identifié des cellules particulières, appelées lymphocytes T gamma delta (γδ), qui jouent un rôle essentiel dans la surveillance des cellules cancéreuses.
Ces cellules agissent comme une première ligne de défense et empêchent les tumeurs de se propager dans l'organisme. Les scientifiques ont constaté que les jeunes souris et les plus âgées en possédaient davantage, tandis que leur nombre diminuait fortement à l'âge moyen. Résultat : le cancer trouvait alors un terrain plus favorable pour se développer.
La recherche montre également que les cellules cancéreuses sont capables d'aggraver la situation. Chez les souris d'âge moyen, elles libéraient des molécules qui épuisaient ou neutralisaient ces cellules immunitaires. Une fois ces défenses affaiblies, des cellules cancéreuses jusque-là dormantes pouvaient reprendre leur activité et former des métastases.
Mieux comprendre l'âge pour mieux traiter le cancer
Pour Mitchell Fane, biologiste spécialiste du vieillissement et auteur principal de l'étude, ces résultats soulignent un problème majeur de la recherche actuelle. "La grande majorité des études sont réalisées sur de très jeunes souris qui disposent d'un système immunitaire sain et intact", explique-t-il dans un communiqué. Moins de 10 % des expériences sur le cancer utilisent des souris âgées, alors même que la majorité des patients atteints de cancer sont des adultes plus âgés. Ce décalage pourrait d’ailleurs expliquer pourquoi certains traitements prometteurs en laboratoire échouent ensuite lors des essais cliniques chez l’humain.
Cette étude s'inscrit dans une observation déjà connue des épidémiologistes : "Si le risque augmente généralement avec l'âge, il diminue brutalement après 80-85 ans", rappelle Mitchell Fane. "Nous voulons comprendre pourquoi les patients très âgés développent moins de cancers alors que les patients d'âge moyen en développent davantage."



