- Les difficultés scolaires sont le facteur le plus fortement associé aux troubles psychiques chez les enfants.
- Le harcèlement, les maladies chroniques, les tensions familiales et les effets du Covid-19 jouent également un rôle important.
- Chez les lycéens, les symptômes dépressifs et les pensées suicidaires restent à un niveau préoccupant.
Difficultés scolaires, harcèlement, tensions familiales, retombées de la crise du Covid... Une vaste étude de Santé publique France (SpF), basée sur les réponses de plus de 8.000 enfants de 6 à 11 ans scolarisés du CP au CM2 ainsi que sur celles de leurs parents et enseignants, met en lumière les facteurs associés aux troubles de santé mentale chez les enfants. Dans le même temps, elle révèle la persistance des symptômes dépressifs et des pensées suicidaires chez les adolescents.
D’après les premiers résultats de l'enquête Enabee publiés en 2023, 13 % des enfants de l’école élémentaire présentent au moins un trouble probable de santé mentale, qu'il s'agisse de troubles émotionnels, oppositionnels ou d'un trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).
Difficultés scolaires, harcèlement, maladie chronique et Covid
Dans de nouvelles analyses d'Enabee publiées le 2 juin, SpF révèle que les difficultés scolaires des enfants sont le paramètre le plus fortement lié aux troubles de santé mentale. Ainsi, lorsque ces problèmes sont signalés à la fois par les parents et les enseignants, le risque de présenter un "trouble probable" est multiplié par plus de quatre. Les chercheurs rappellent que ces difficultés d'apprentissage peuvent fragiliser l'estime de soi, l'intégration sociale et le bien-être émotionnel de l'enfant.
L'étude met également en évidence d'autres situations de vulnérabilité. Les enfants victimes de harcèlement scolaire présentent un risque accru de 36 % de souffrir d'au moins un trouble psychique. Les maladies chroniques, comme l'asthme, le diabète ou l'obésité, sont de leur côté associées à une hausse de 24 % du risque. De même, les événements de vie difficiles (deuil, violences, agression ou placement à l'Aide sociale à l'enfance) font bondir la probabilité de 22 %. Les scientifiques observent aussi une association avec les complications pendant la grossesse, qui correspondent à une hausse de 25 % du risque.
Par ailleurs, les conséquences de la pandémie de Covid-19 se font encore sentir : les enfants ayant mal vécu les confinements, ou dont la famille a ressenti une forte inquiétude durant la crise sanitaire, présentent davantage de difficultés psychologiques. Si les auteurs pointent l’influence de certains mécanismes inflammatoires ou du stress chronique, ils soulignent toutefois qu'il s'agit d'associations statistiques et non de liens de causalité avérés.
Chez les adolescents, la souffrance psychique persiste
L'enquête EnCLASS 2024, menée auprès de 11.400 collégiens et lycéens, confirme la fragilité de la santé mentale à l'adolescence. "En 2024, près d'un lycéen sur cinq présente un risque important de dépression", explique Christophe Léon, chargé d'expertise scientifique à SpF, au micro de France Inter. Il précise : "La prévalence observée chez les filles est deux fois plus élevée que celle des garçons. Lorsque nous regardons en détail cet indicateur, les trois principaux symptômes déclarés par les jeunes sont le manque d'énergie, le sentiment de découragement et les difficultés de concentration."
Plus préoccupant encore, 20 % des lycéens déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois, tandis que 15 % rapportent une tentative de suicide au cours de leur vie. Pour SpF, ces résultats soulignent l'importance d'un repérage précoce des situations à risque afin d'orienter rapidement les enfants et adolescents vers un accompagnement adapté.



