- Plus de 16 % des enfants en primaire seraient victimes de harcèlement.
- 18 % montreraient des comportements agressifs, et 6,1 % cumuleraient les deux.
- Ce phénomène est lié à une forte dégradation de la santé mentale.
Ils ont entre 6 et 11 ans, et vont à l’école comme tous les enfants, mais parfois avec, au ventre, la peur de s’y rendre. Alors que le harcèlement scolaire est souvent associé à l'âge de l'adolescence, une nouvelle enquête de Santé publique France révèle qu'il peut en réalité débuter beaucoup plus tôt : près d’un élève de primaire sur six en est probablement victime. Une réalité trop souvent sous-estimée, qui n’est pas sans répercussions sur la santé mentale des enfants.
16% des enfants "victimes probables" de harcèlement
Une semaine après la mort de Camélia, 17 ans, qui s’est suicidée après avoir dénoncé le harcèlement scolaire qu'elle subissait à l'école, l’étude Enabee dresse un constat alarmant. Menée en 2022 auprès de parents et enseignants de 8.200 enfants du CP au CM2, elle est basée sur leurs réponses à des questions comme : est-il harcelé ou tyrannisé par d’autres enfants ? Se bagarre-t-il souvent avec les autres enfants ou les tyrannise-t-il ? Au bout du compte, 16,2 % des enfants seraient "victimes probables" de harcèlement, 18 % montreraient des comportements agressifs, et 6,1 % cumuleraient les deux. Ces derniers, à la fois harcelés et agressifs, seraient aussi ceux qui souffrent le plus psychologiquement : 40,9 % d’entre eux montrent au moins un trouble probable de santé mentale, contre seulement 6,8 % chez les petits n’étant ni l’un ni l’autre.
Les filles plus harcelées que les garçons
"Ces résultats inédits confirment que des situations de type harcèlement entre élèves sont malheureusement une réalité dès l’âge de 6 ans, avec un impact potentiellement important sur leur santé mentale", souligne Marianne Sentenac, chargée de projet scientifique à Santé publique France. Au menu : anxiété, hyperactivité, troubles oppositionnels (hostilité vis-à-vis l'autorité)… Pour les enfants agressifs ou victimes de harcèlement, l’agressivité peut même devenir une forme de protection face à une détresse émotionnelle non exprimée.
L’enquête montre également que ces enfants harcelés ou agressifs viennent plus souvent de familles monoparentales, avec un parent ayant un niveau de diplôme inférieur ou équivalent au baccalauréat, et déclarant une situation financière perçue comme difficile. Ce n’est pas tout : les filles sont plus souvent identifiées comme victimes, tandis que les garçons présentent davantage de comportements violents.
Développer les compétences psychosociales des enfants
Il apparaît enfin que les enfants "avec des troubles des apprentissages, ceux bénéficiant d’au moins un dispositif d’accompagnement à la scolarité, nés prématurément, en situation de surpoids ou d’obésité, ainsi que ceux avec de moindres compétences prosociales sont plus fréquemment victimes probables de harcèlement, ou ont des comportements agressifs", ajoute le communiqué.
Bien que cette étude ne permette pas d’établir un lien de causalité formel entre harcèlement et santé mentale, elle confirme l’urgence de détecter et d’agir dès le plus jeune âge. Comme le résume Marianne Sentenac, "la prévention et le repérage précoce des situations de harcèlement, en particulier dans les premières années de scolarité, constituent des priorités de santé publique". Cela passe notamment, selon elle, par "le développement des compétences sociales et émotionnelles" des enfants. Ce qui leur permettrait d’apprendre à réguler leurs émotions, à faire preuve d’empathie et... à savoir réagir et demander de l’aide en cas de harcèlement.


