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QUESTION D'ACTU

Psychiatrie

Pourquoi ces médicaments psychiatriques demeurent indisponibles en France ?

Selon une enquête du Point, des médicaments utilisés en psychiatrie ne sont pas vendus en France, alors qu’ils le sont dans d’autres pays européens. Leur absence des pharmacies serait liée à des désaccords sur leur prix.

Pourquoi ces médicaments psychiatriques demeurent indisponibles en France ? MJ_Prototype/istock




L'ESSENTIEL
  • Une enquête du Point révèle que des médicaments autorisés en France ne sont pas commercialisés.
  • Il s'agit notamment d'antipsychotiques, prescrits en cas de schizophrénie.
  • Selon le Point, leur indisponibilité est liée à un désaccord sur les prix.

Un quart des Français consomme des médicaments psychotropes. Certains de ces traitements, utilisés dans le cadre de pathologies psychiatriques, demeurent pourtant inaccessibles, alors qu'ils sont commercialisés dans d’autres pays européens. Selon une enquête du Point parue le 1er mars, des désaccords sur leur prix bloquent leur prise en charge par l’Assurance Maladie.

Schizophrénie : des traitements évalués par des études scientifiques 

"Le cas le plus emblématique est celui des antipsychotiques de nouvelle génération : la cariprazine, le brexpiprazole, la ziprasidone, l’asénapine et la lurasidone", précise le Pr Fabien Vinckier, psychiatre et chercheur en neurosciences au GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences. Ces traitements sont prescrits à des patients atteints de schizophrénie, et leurs effets ont été prouvés dans des études scientifiques. "Le principal essai clinique qui a démontré l’efficacité de la cariprazine a été fait dans les règles de l’art, il a été publié dans l’une des meilleures revues toutes spécialités confondues et il a globalement été largement salué au niveau international", poursuit le Pr Vinckier.

Remboursement des médicaments : quel est le processus en France ?

Pourtant, le médicament demeure absent des rayons des pharmacies. "Sur ces cinq molécules qui ont obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM) ces dernières années dans la schizophrénie, aucune n’est disponible en France, en raison d’un échec des négociations sur le prix entre les laboratoires et l’administration." Comme le rappelle le ministère de la <santé, l’autorisation de mise sur le marché est nécessaire pour qu’un traitement soit commercialisé en France, mais pour qu'il soit remboursé, un dossier doit être déposé par l’entreprise pharmaceutique auprès de la Haute autorité de santé (HAS). "Après étude du dossier déposé par l’entreprise pharmaceutique et des données scientifiques par ailleurs disponibles, la commission de la transparence de la Haute autorité de santé rédige un avis scientifique dans lequel elle évalue le Service médical rendu (SMR) et l’Amélioration du service médical rendu (ASMR) par le médicament", indique le Ministère. Plus le SMR est important, plus la prise en charge peut être élevée. "Ainsi par exemple, un service médical rendu important dans une pathologie grave assure un remboursement de 65%, poursuit le Ministère. Un SMR insuffisant implique, sauf exception, une décision de non remboursement."

Un mode d'évaluation du service médical rendu contesté par les professionnels de santé 

Dans le cas des médicaments psychotropes précédemment cités, la proposition de remboursement était faible, et les laboratoires ont décidé de ne pas commercialiser. Pour le Pr Philippe Domenech, psychiatre et co-directeur scientifique de l’Institut de neuromodulation du GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences, interrogé par Le Point, le mode d’évaluation du SMR et de l’ASMR n’est pas toujours pertinent. "L’administration reste figée sur une lecture simpliste des données médico-scientifiques qui nie la variabilité individuelle, omniprésente en psychiatrie, développe-t-il. Un patient peut ne pas répondre à la molécule A, mais être sauvé par la molécule B. En bloquant l’accès à la molécule B, on prive de soins une bonne partie des malades." 

Sollicitée par Le Point, la Haute autorité de santé estime que le mode d’évaluation n’est pas en cause. "Si les médicaments sont mal notés ou refusés, ce n’est pas parce que la France est trop sévère, mais parce que les dossiers présentés sont scientifiquement faibles", déclare le Pr Pierre Cochat, président de la Commission de la transparence de la HAS, dans les colonnes de l’hebdomadaire. 

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