- Dans une étude, les rates en gestation et celles en période post-partum ont montré une capacité réduite à rappeler des souvenirs conditionnés de peur, plus précisément une réponse apprise à un son associé à une légère décharge électrique.
- Les effets observés semblent persister après la gestation.
- Selon les chercheurs l'allopregnanolone, une hormone stéroïdienne produite en plus grande quantité par l'organisme en fin de grossesse, est susceptible d'être à l'origine de ce changement.
La grossesse laisse une empreinte durable sur le cerveau. C’est ce que suggère une récente étude publiée dans la revue Hormones and Behavior. Dans le cadre de celle-ci, des chercheurs de l’université Northeastern (États-Unis) ont examiné comment l'expérience reproductive modifie la mémoire de la peur et l'activité du cortex préfrontal médian (zone du cerveau qui contrôle les fonctions exécutives) chez les rates. Pour ce faire, ils ont exposé les rongeurs à une série de sons suivis d'une légère décharge électrique. Leurs réactions à ces sons avant pendant la gestation et après la mise bas (expulsion) ont été comparées avec celles d'un groupe témoin de rates n'ayant jamais fécondé.
Les rates en gestation et multipares présentent une altération de la mémoire de la peur
Les résultats ont montré que les rates en gestations et celles ayant en situation de mise bas semblaient oublier leur conditionnement pavlovien (à savoir des réflexes conditionnés décrits par le médecin et physiologiste russe Ivan Pavlov), tandis que le groupe témoin continuait de fuir ou de se figer. Dans le détail, lorsque les rates enceintes et en post-partum entendaient les sons qui les avaient conditionnées à craindre, elles étaient moins susceptibles de manifester le comportement de peur précédemment enregistré. "Ces modifications comportementales s'accompagnaient d'altérations dynamiques de l'activité neuronale. Pendant la gestation, l'activité du cortex préfrontal médian et de la substance grise périaqueducale était significativement réduite, tandis que les rates multipares (ayant vécu plusieurs gestation) présentaient une augmentation marquée de l'activité du cortex préfrontal médian, atteignant des niveaux significativement supérieurs à ceux des rates nullipares (sans enfant) témoins", peut-on lire dans les travaux.
L'alloprégnanolone, facteur probable impliqué dans cette réduction des souvenirs de peur
Face à ces données, les scientifiques ont émis l'hypothèse que ces fluctuations étaient induites par l'augmentation des taux de l'alloprégnanolone, un neurostéroïde abondant dans cette partie du cerveau en fin de grossesse. D’après eux, cette hormone stéroïdienne agit comme un puissant modulateur des récepteurs GABA et pourrait ainsi être à l'origine de la diminution de l'activité neuronale observée dans le cortex préfrontal médian. Afin de vérifier cette théorie, l’équipe a administré du finastéride, un inhibiteur de la 5α-réductase, à un autre groupe de rates durant les six derniers jours de leur gestation, période où la progestérone, une hormone présente en grande quantité pendant la grossesse, est métabolisée en alloprégnanolone. Le finastéride empêche cette métabolisation.
Constat : la diminution de l'alloprégnanolone permettait aux rates de se souvenir de leurs réactions de peur, mais uniquement chez celles qui ne réagissaient pas de manière excessive, "ce qui suggère que la différence entre les deux groupes est plus profonde qu'un simple apprentissage comportemental." Dans les conclusions, les auteurs indiquent que le rôle de l'allopregnanolone pendant la grossesse reste à explorer pleinement, "même si l'on sait qu'elle peut jouer un rôle crucial dans la régulation de l'humeur."


