- L'Homme possède plus de 600 muscles.
- 81 % des 11 à 17 ans dans le monde ne sont pas assez actifs.
- Les enfants passent 75 % du temps scolaire assis.
Le cœur qui bat, les jambes qui marchent, la langue qui parle… les muscles font tout pour nous. Pourtant, on les connaît assez mal. Et surtout, nos quotidiens de plus en plus sédentaires les mettent à mal… et cela dès le plus jeune âge.
81 % des enfants âgés de 11 à 17 ans n’atteignent pas les recommandations d’activités physiques de l’OMS qui est d’une heure d’activités physiques modérée par jour, selon une étude de 2020. Et ce n’est pas sans conséquence, préviennent les experts de l’Institut de Myologie et de l’AFM-Téléthon à l’occasion de la 4e semaine du muscle, organisée du 1er au 7 juin.
Les muscles et la santé des enfants mis à mal par la sédentarité
Pour qu’un enfant soit en bonne santé, il faut qu'il ait sur 24 heures au moins une heure d'activité physique modérée à vigoureuse, entre 8 et 11 heures de sommeil (selon son âge) et moins de deux heures de temps d’écran. "Une étude menée sur près de 400.000 jeunes de 23 pays, révèle des chiffres qui font froid dans le dos. Les enfants qui atteignent ces trois recommandations activité physique, sommeil, temps d’écran ne sont que 7 %. Si on prend uniquement les adolescents, c'est encore plus catastrophique. On tombe à moins de 3 %", explique Boris Cheval du département Sciences du sport et éducation physique de l’ENS Rennes.
Et les petits Français ne font pas mieux. Seulement 50,7 % des garçons et 33,3 % des filles ont un niveau d’activité physique suffisant. Ils ne respectent pas non plus les recommandations en termes de temps d’écran. Seulement 34,6 % des 6-10 ans, 17 % des 11-14 ans et 8,4 % des 15-17 ans passent bien moins de deux heures par jour sur des écrans.
"S'il n'y avait pas de conséquences sur la santé, on pourrait les laisser faire ce qu'ils veulent. Mais il y en a beaucoup !". En effet, l’activité physique a de nombreux bienfaits chez les enfants. Elle permet, bien sûr, de renforcer leurs endurances, leurs forces musculaires, leur capacité cardio-respiratoire, leurs os, mais elle améliore aussi leurs performances académiques, leur fonctionnement cognitif ou leur santé mentale.
Mais ce qui inquiète surtout les professionnels de santé, ce sont les conséquences à long terme avec l’augmentation des troubles chroniques et cardiaques - des maladies surtout de “vieux” jusqu’à présent - chez les plus jeunes. "La prévalence du diabète de type 2, une maladie qu’on ne voyait jamais chez les jeunes avant, a doublé sur les 16 dernières années pour les 10-19 ans".
Pareil pour l’infarctus du myocarde. La proportion des moins de 40 ans touchés par une crise cardiaque est passée de 10-12 % en 2006 à environ 25 % en 2016. "On parle d’effet à long terme, mais on voit ici que les conséquences de l’inactivité arrivent assez vite finalement dans la vie des jeunes", ajoute Boris Cheval.
Comment faire bouger les enfants davantage ?
"Un enfant de 7 ans, en 2022, passe 51 % de sa journée éveillé assis. Un enfant de 14 ans passe 74 % de sa journée assis", déplore le Pr François Carré, cardiologue et président du collectif "Pour une France en forme”. Et ces chiffres sont inquiétants, car en plus de la santé, cette sédentarité risque d’influencer aussi leurs comportements futurs. "Il ne faut pas rêver : un enfant qui ne marche pas, sera un adulte qui ne marchera pas", souligne le cardiologue. Pour lui et ses collègues, il est ainsi essentiel de leur inculquer le goût de l’activité physique et du mouvement dès le plus jeune âge pour éviter tous les problèmes de santé futurs. Mais, ce n’est pas une mince affaire.
"Les adultes sont capables d'arriver à s'engager dans une activité physique une année afin d’améliorer leur santé. Ils ont les capacités d'autorégulation nécessaires pour cela. Les enfants ne les ont pas. Ainsi, si vous essayez de les motiver par de la raison, du rationnel, c’est peine perdue. Pour eux, il faut que l'effort qu’on met en place, soit associé à du plaisir et à de la gratification", explique Boris Cheval.
Les balades à la montagne ou en forêt sont des activités ludiques et sportives intéressantes pour les jeunes. "Ils peuvent vraiment marcher énormément parce qu'il y a un challenge, il y a quelque chose à voir, un but à atteindre. Si vous arrivez à créer ce contexte de jeu ou de challenge, il y aura un effort, mais la récompense est supérieure. Ce qui est motivant pour les enfants".
Si la motivation est une clé des efforts accrus, il ne faut surtout pas promettre un bonbon, une glace ou un jouet pour autant. "L'effort va être associé à une récompense ultérieure et extérieure. Et lorsque la récompense ne sera plus là, la motivation à l’effort disparaîtra aussi. La récompense doit être liée immédiatement à l’effort".
Introduire l'activité physique dans le quotidien
Pas de panique, si vous n’avez pas les moyens matériels et temporels d’emmener votre progéniture en randonnées, il est aussi possible d’introduire du mouvement dans leur quotidien par des gestes simples comme aller à l’école, chercher le pain ou aller chez son copain à pied. Petit à petit, la marche deviendra une habitude. Et s’ils insistent pour prendre la voiture, petite ruse soufflée par les experts : dites qu’elle est en panne !
Activité physique : l’école doit aussi devenir plus dynamique
Si les écrans ne sont pas étrangers à la baisse d’activité physique des jeunes, il faut reconnaître que l’environnement que nous leur proposons, favorise aussi leur sédentarité. Ainsi, pour les experts présents à cette conférence de présentation des assises du Muscles, il devient nécessaire de remettre le mouvement au cœur des sociétés en développant des infrastructures qui favorisent l’exercice (parcs, jeux pour enfants, pistes cyclables…).
Il faudrait aussi rendre l’école plus dynamique. "Dans le système français, on peut estimer que les enfants passent du CP à la terminale, environ 11.430 heures à l'école. Ils passent à peu près trois quarts du temps en position assise. Ça fait quasiment une année nuits incluses assis sur une chaise", remarque Boris Cheval. Pour faire diminuer la sédentarité, les experts voient plusieurs leviers d’actions.
"Il faut que l'éducation nationale comprenne que l'activité physique n'est pas qu'une perte de temps. Nous nous battons pour qu’elle soit reconnue comme une matière principale et majeure, au même titre que les mathématiques. De nombreux pays ont augmenté la durée de l'éducation physique et sportive dans le cursus parce qu'ils ont vu que la capacité physique des enfants baissait, donc le capital santé baissait. Malheureusement, nous n'arrivons pas à faire passer ce message de l'éducation nationale, actuellement", remarque François Carré.
Autre solution : intégrer l’activité physique au moment des leçons. L’Australie est par exemple une adepte des pauses actives (pendant le temps d'apprentissage, il y a des moments à part d’activité physique) et des leçons actives (le mouvement est intégré dans le contenu d’apprentissage).
"Par exemple, après leur avoir appris la différence entre un état solide, liquide et gazeux, vous les mettez simplement dans la salle de classe et vous leur demandez : "vous êtes dans un état solide, qu'est-ce que vous faites ?". Ils vont se mettre les uns autour des autres. Après vous leur dites "vous maintenant êtes un état gazeux", ils s’éloignent les uns des autres…. Ça crée de l'apprentissage et du mouvement. Ce qui casse le temps sédentaire".
Pour les professionnels de la santé participants à cette semaine du muscle, il devient important d’agir maintenant. Si rien ne change, 6 habitants sur 10 et un enfant sur 3 seront obèses dans le monde en 2050, selon l’OMS.



