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Interview

Handicap : découvrir le plaisir à 50 ans

INTERVIEW - L'accompagnement sexuel n'a toujours pas de cadre légal en France. Les personnes handicapées doivent donc bien souvent faire appel à des travailleurs du sexe non formés. Lasse de cette situation, une association organise ses propres formations. 

Handicap : découvrir le plaisir à 50 ans SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

  • Publié 03.07.2015 à 09h30
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Pierre Nazereau (1) a quitté le domicile de ses parents il y a 8 ans… à 48 ans ! Une indépendance toute nouvelle pour l’homme atteint d’une maladie génétique rare, la maladie des os de verre (l’ostéogénèse imparfaite). Il ne peut pas marcher et vit allongé dans un appartement adapté qui lui permet d’être autonome. Quitter le nid familial lui a aussi permis de découvrir le plaisir charnel et les femmes.

Comment avez-vous découvert votre sexualité ?

Pierre Nazereau : Les premiers émois ont eu lieu à l’adolescence, comme pour tous les jeunes garçons, je pense. Mais j’ai commencé à la vivre concrètement il y a seulement 4 ans, après avoir quitté mes parents. Pour moi, je n’imaginais la sexualité qu’avec des professionnelles du sexe, je ne me voyais pas les rencontrer chez mes parents. J’ai une vie amicale très riche, mais je n’ai jamais flirté.

En aviez-vous parlé avec vos parents ?

Pierre Nazereau : Non, jamais. On n’en parlait pas chez nous. Pas parce que j’étais handicapé, ma sœur jumelle valide n’en discutait pas plus avec mes parents, comme dans beaucoup de familles, finalement. Mais vous savez, la sexualité des handicapés est un sujet tabou que beaucoup de personnes préfèrent éviter. Même mes amis n’osaient pas m’en parler. Je crois que de nombreux valides voient les personnes handicapées comme des gens malheureux, mal dans leur peau et jaloux des valides. Ce n’est pas mon cas, j’ai toujours pris la vie comme elle venait, et je n’en ai jamais voulu à personne, et surtout pas à mes amis qui sortaient avec des filles, qui parfois pouvaient me plaire aussi.

« C’était une nuit magique dont je me souviendrais toute ma vie, comme tout homme ou toute femme se souvient de sa première fois. »

Vous aviez fait le deuil de votre sexualité, pourquoi avoir changé d’avis ?

Pierre Nazereau :  J’avais envie d’une vie sexuelle, mais j’avais peur de ne pas être capable, de ne pas savoir faire ou que la personne soit effrayée ou dégoûtée. Mais il y a 4 ans, je me suis dit que je ne voulais pas mourir idiot sans avoir connu le corps d’une femme. J’ai donc parcouru internet et je suis tombé un peu par hasard sur un site d’escorts. J’en ai contacté une qui a accepté de me rencontrer. Et quand j’ai mis une amie dans la confidence, elle m’a alors avoué qu'elle voulait que cela soit elle ma première fois. C’était une nuit magique dont je me souviendrai toute ma vie. Aujourd’hui, on continue à se voir, mais il ne se passe plus rien entre nous. Ce cadeau qu’elle m’a fait est un secret qui nous lie et a renforcé notre amitié.

Et depuis, à qui faites-vous appel ?

Pierre Nazereau : J’ai vu quelques escort girls, et j'ai eu des copines, mais je n’ai jamais rencontré des accompagnantes sexuelles. D’ailleurs, il y a encore 4 ans, je n’avais jamais entendu parler d’accompagnement sexuel. Pour moi, il n’existait que la prostitution.

« Je pense que les hommes et les femmes "prisonniers" de leur propre corps qui ne peuvent pas se toucher ou utiliser un sex-toy en ont plus besoin que moi. »

Maintenant que vous savez qu’il existe des personnes formées à l’accompagnement sexuel, avez-vous fait appel à l’une d’elles ?

Pierre Nazereau : Toutes les escorts que j’ai rencontrées n’ont jamais été formées et je n’ai jamais pensé que c’était une nécessité, dans la mesure où je peux tout à fait dire ce que j’ai comme maladie et informer la personne des précautions qu’il faut prendre. Et même si je soutiens l’action de l’Association pour la promotion de l’accompagnement sexuel (APPAS), je ne crois pas faire partie des personnes qui doivent être accompagnées. Je pense que les hommes et les femmes "prisonniers" de leur propre corps qui ne peuvent pas se toucher ou utiliser un sex-toy en ont plus besoin que moi. Je ne comprends pas pourquoi l’accompagnement sexuel suscite autant de débats. Pour moi, c’est simplement du bon sens. Les personnes handicapées sont des hommes et des femmes comme tout le monde, et certains n’ont pas la possibilité d’avoir du plaisir. Pourquoi leur refuser la seule liberté que les êtres humains ont ? Nous sommes dans une société discriminante où les personnes handicapées sont mises à l’écart. Je pense que lorsqu’elle comprendra que nous aussi nous avons une sexualité, nous serons considérés comme de véritables êtres humains, et pas seulement comme des malades.

(1) Pierre Nazerau est responsable bénévole de de l'association Handiparentalité

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