ACCUEIL > QUESTION D'ACTU > Don de sang : Marisol Touraine veut lever l'interdit pour les homosexuels

Annonce de Marisol Touraine

Don de sang : Marisol Touraine veut lever l'interdit pour les homosexuels

Par la rédaction

La ministre de la Santé a annoncé que le questionnaire remis aux donneurs de sang sera modifié, afin de permettre aux homosexuels de participer à cet effort civique.

ISOPIX/SIPA
MOTS-CLÉS :

Après des années de débat, le don de sang pourrait enfin s’ouvrir aux homosexuels. La ministre de la Santé a en effet annoncé sa volonté de modifier le questionnaire remis aux donneurs de sang, de manière à ce que cette partie de la population soit autorisée à donner son sang.

L’homosexualité, un critère d’exclusion illégitime

« Il s’agit de définir les critères du don du sang. Personne ne doit être interdit de donner son sang simplement parce qu’il est homosexuel. Et dans le même temps, nous devons garantir la sécurité absolue de ceux qui reçoivent du sang », a expliqué Marisol Touraine.

Cette annonce fait suite au vote à l’unanimité d’un amendement, à l’occasion de l’examen parlementaire du projet de loi de santé. Le texte précise simplement que « nul ne peut être exclu du don de sang en raison de son orientation sexuelle ». Il « vise à mettre fin à la contre-indication permanente dont sont qualifiés les homosexuels et bisexuels masculins en matière de don du sang ».

Depuis 1983, en effet, la législation française exclut de manière permanente du don de sang, « les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes », en raison d’un risque accru de contamination par le VIH. Ce risque n’a pas empêché d’autres pays, comme l’Espagne, l’Italie ou le Royaume-Uni, de maintenir l’universalité de cet acte civique. Ces Etats ont ainsi opté pour une interdiction temporaire, avec une période d’abstinence sexuelle qui varie de 4 mois pour nos voisins italiens à 1 an pour les Britanniques. La France s’est d’ailleurs fait remonter les bretelles par la Cour de Justice Européenne, qui estime que l’exclusion permanente constitue « une évidente discrimination », et qu’homosexualité ou bisexualité ne rime pas nécessairement avec pratique sexuelle risquée.



Redéfinir le « comportement à risque »

Soutenu par la ministre de la Santé, l’amendement n’a toutefois aucune portée pratique. Il devra pour cela être traduit par un arrêté. Concernant l’agenda, Marisol Touraine a expliqué qu’elle attendait les recommandations des experts sur une nouvelle définition des comportements à risques (partenaires multiples par exemple) avant de modifier le questionnaire remis aux donneurs de sang. « Ça va aller rapidement, c'est une question de semaines ou de mois », a-t-elle précisé.

La ministre a effectivement insisté sur la nécessité de s’en remettre à l’expertise des spécialistes, afin de la garantir la sécurité des receveurs pour lesquels « aucun risque ne peut être pris ». Mais dans les faits, Marisol Touraine est précisément en train de passer outre l’avis du CCNE (Comité Consultatif National d’Ethique), qui s’est prononcé il y a quelques jours sur la question. Saisis par la ministre, les Sages ont ainsi estimé qu’il fallait maintenir cette exclusion permanente, faute de connaissances actualisées sur ces risques.

Autoriser les homosexuels à donner leur sang permettrait de sauver un million de vies par an, selon des évaluations réalisées aux Etats-Unis, où l’exclusion permanente est toujours en vigueur. En France, les enquêtes d’opinion montrent que les trois quarts de la population trouvent injustifiée l’interdiction qui pèse sur les homosexuels.