Une paralysie progressive et incurable. La maladie de Charcot est une pathologie dégénérative grave : les personnes atteintes en décèdent dans les trois à cinq années suivant le diagnostic. Dans la publication spécialisée Science Translational Medicine, des chercheurs de l’Inserm et de l’Université de Strasbourg annoncent avoir découvert un symptôme précurseur. Les personnes atteintes développent des troubles du sommeil dans les trois à cinq ans précédant l’apparition des premiers symptômes moteur.
Les troubles du sommeil sont-ils la conséquence ou l’un des symptômes de la maladie de Charcot ?
La maladie de Charcot est liée à la mort progressive de cellules nerveuses, appelées motoneurones. "Cette dégénérescence provoque une atrophie progressive et rapide des muscles, et entraîne une perte d’autonomie liée à l’apparition de troubles et de déficits moteurs, indiquent les auteurs dans un communiqué. Le plus souvent, c’est l’atteinte des muscles respiratoires qui cause le décès des patients." Cette atteinte des fonction respiratoires a des effets sur la qualité du sommeil, et engendre à terme des troubles. Mais ces spécialistes soulignent que la relation de cause à effet entre la maladie et la dégradation du sommeil n’était pas claire. "Il n’était pas déterminé si ces troubles pouvaient préexister aux symptômes moteurs, comme cela a été observé dans plusieurs maladies neurodégénératives (Parkinson ou encore Alzheimer)", expliquent-ils.
Maladie de Charcot : le sommeil des patients est perturbé avant les premiers symptômes moteur
Pour le savoir, ils ont mené une recherche auprès de patients atteints de sclérose latérale amyotrophique (SLA), l’autre nom de la maladie de Charcot. Ils ont analysé les données de sommeil de personnes souffrant de SLA, à différents stades de la maladie. "Un premier groupe était composé de patients atteints de SLA à un stade où ils n’avaient pas encore développé de symptômes respiratoires, précisent-ils. Un autre était composé de personnes pré-symptomatiques, porteuses de certaines mutations génétiques caractéristiques de la maladie (ces personnes avaient un risque accru de déclarer la maladie)." Puis, ils ont comparé ces informations avec celles de groupes de contrôle, c’est-à-dire des patients non-atteints de SLA.
Quel que soit le stade de la maladie, les tests ont montré que tous les patients atteints de SLA souffraient de troubles du sommeil : leur temps d’éveil était plus important et leur quantité de sommeil profond inférieure, en comparaison au groupe de contrôle. "Les résultats suggèrent que les troubles du sommeil sont présents et observables, et ce de façon précoce, plusieurs années avant la manifestation des troubles moteurs", concluent les scientifiques.
Maladie de Charcot : la prise en charge des troubles du sommeil peut-elle permettre de ralentir la progression de la pathologie ?
Selon eux, ces troubles pourraient être liés aux neurones à orexine. Présents dans l’hypothalamus, ils sont impliqués dans l’état d’éveil. Dans une expérience sur des souris, les chercheurs ont constaté que leur fonctionnement nuit à des neurones dits annexes. Ils ont donné aux animaux une molécule inhibitrice de l’orexine, présente dans un somnifère. Ce traitement a permis de restaurer le sommeil chez les animaux par une seule prise orale. "Une restauration de l’activité des neurones annexes des neurones à orexine a permis, après 15 jours de traitement, une conservation des motoneurones chez les souris”, complètent les auteurs. Un essai clinique est en cours pour tester l’effet de cette molécule chez des patients atteints de la maladie de Charcot. L’équipe de recherche souhaite savoir si la restauration du sommeil peut avoir un effet sur la progression de la maladie.
"Les découvertes de notre équipe sont importantes à deux niveaux. Tout d’abord, elles mettent en lumière une nouvelle chronologie des symptômes de la SLA, questionnant à nouveau les origines de la maladie, et notamment le rôle du cerveau dans sa genèse, commente Luc Dupuis, co-dernier auteur de l’étude. Elles représentent aussi un léger espoir pour les malades, et ceux qui déclareront la maladie, en imaginant qu’agir sur les premières manifestations de celle-ci puissent ralentir sa progression extrêmement rapide."



