- Les victimes de commotions cérébrales peuvent présenter des différences cérébrales persistantes des années après leur accident.
- Elles sont mesurables grâce aux mouvements des yeux.
- Les mouvements oculaires sont plus lents et moins précis. Les patients affichent aussi une baisse de leurs performances lors de certaines tâches nécessitant de l'attention.
Sport de contact, chute, accident de la route… de nombreux incidents peuvent être la source de traumatismes crâniens légers. La plupart des personnes s’en remettent en quelques semaines ou quelques mois. Enfin, c’est ce que nous pensions. Des travaux de l’université du Colorado montrent que les patients ayant subi une commotion cérébrale pourraient continuer à présenter des différences subtiles, mais mesurables, dans leurs fonctions cérébrales, plus de dix ans après leur traumatisme. De plus, ces dernières peuvent être détectées grâce à des tests oculaires.
Les résultats ont été récemment publiés dans le Journal of Neuro-Ophthalmology.
Les mouvements des yeux sont plus lents chez les victimes de commotion cérébrale
Les chercheurs se sont concentrés sur les yeux car ils sont connectés aux réseaux cérébraux qui contrôlent l'attention, le traitement de l'information et la prise de décision, fonctions pouvant être affectés par les traumatismes crâniens. L’équipe a réuni 78 anciens combattants : 38 d’entre eux avaient des antécédents de traumatisme crânien léger et 40 n'en avaient jamais subi. Ces participants ont réalisé une série de tâches oculomotrices. C’est-à-dire des exercices qui évaluent la manière dont les yeux bougent et travaillent ensemble. Des tests cognitifs ont également été menés pour évaluer les fonctions exécutives de l'attention, la vitesse de traitement de l'information et le contrôle de soi.
L’analyse des données révèle que les victimes de traumatismes crâniens ont des mouvements oculaires plus lents et moins précis, ainsi qu'une baisse de leurs performances lors de certaines tâches nécessitant de l'attention. Certaines de ces différences étaient encore mesurables plus de dix ans après la blessure initiale.
Le Pr Jeffrey Hebert, chercheur principal de l'étude, avance une explication sur le lien découvert. "Les tâches qui exigent de détourner rapidement le regard d'une cible visuelle, ainsi que celles qui requièrent une reconnaissance visuelle rapide et une description verbale de l'objet observé, évaluent non seulement la fonction visuelle, mais aussi le contrôle cognitif. Ce dernier inclut la capacité à se concentrer, à inhiber ses impulsions et à réagir rapidement et avec précision. Ces processus dépendant de nombreuses connexions neuronales, plusieurs lésions bénignes peuvent laisser des séquelles durables, mais difficiles à déceler."
Ce qui le conduit à ajouter : "Même lorsqu’une personne se sent rétablie, son cerveau peut continuer à fonctionner différemment, notamment lors de tâches visuellement exigeantes et dans des environnements bruyants. L’examen objectif des mouvements oculaires nous offre un moyen précis d’évaluer ces problèmes souvent imperceptibles."
Mouvement des yeux : un outil pour mieux soigner les traumatismes crâniens
La découverte entre les performances aux examens oculaires et les séquelles des traumatismes crâniens pourrait aider à améliorer la prise en charge à long terme des commotions cérébrales. "Après un traumatisme crânien léger, les examens d’imagerie standard, comme l’IRM, donnent souvent des résultats normaux, ce qui rend difficile la vérification objective des symptômes persistants", souligne le Pr Hebert dans un communiqué.
"Les évaluations des mouvements oculaires, qui sollicitent les fonctions cognitives, pourraient fournir aux cliniciens un outil supplémentaire pour mieux comprendre les troubles cognitifs persistants et adapter plus précisément les stratégies de réadaptation."


