- Une infirmière de l'hôpital de Martigues a obtenu la reconnaissance d'un lien entre son cancer du sein et 25 ans de travail de nuit.
- Le tribunal administratif de Marseille s'appuie sur des études scientifiques montrant un risque accru lié aux horaires nocturnes.
- Cette décision rare pourrait encourager d'autres démarches similaires.
Travailler pendant que les autres dorment, qui plus est à l’hôpital, peut donc avoir de lourdes conséquences sur la santé. Le tribunal administratif de Marseille vient de reconnaître l'existence d'un "lien direct" entre le cancer du sein d'une infirmière et ses longues années de travail de nuit. Une décision rare, relayée par l’AFP et Ici (ex-France Bleu), qui pourrait relancer la question des risques professionnels liés aux horaires nocturnes.
Le travail de nuit dans le viseur des études scientifiques
Jeudi, le tribunal administratif de Marseille a estimé sa maladie était imputable à son service à l'hôpital de Martigues (Bouches-du-Rhône). La soignante avait exercé pendant près de 25 ans presque exclusivement la nuit, avec environ 140 nuits travaillées par an. Diagnostiquée en 2014, elle s'était vu refuser à deux reprises la reconnaissance de maladie professionnelle.
Les juges ont finalement annulé la décision prise en 2021 par le directeur du centre hospitalier. Dans son jugement, le tribunal rappelle qu'"une maladie contractée par un fonctionnaire est imputable au service public hospitalier si elle présente un lien direct avec ses conditions de travail". Pour étayer sa décision, la juridiction s'appuie sur plusieurs travaux scientifiques. "Les études scientifiques dès 2007 révèlent les effets du travail de nuit sur les fonctions hormonales de la femme, entraînant une majoration du risque de cancer", souligne le tribunal.
Le Centre international de recherche sur le cancer, agence de l'Organisation mondiale de la santé, classe d'ailleurs depuis 2007 le travail de nuit comme "probablement cancérogène". Selon l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), travailler de nuit plus de deux fois par semaine pendant plus de dix ans pourrait multiplier par trois le risque de cancer du sein.
Une reconnaissance rarissime
Dans cette affaire, les magistrats estiment qu'il existe "une probabilité suffisamment élevée d'un lien direct" entre la maladie et les conditions de travail nocturnes de l'infirmière. Ils ont donc ordonné à l'hôpital de reconnaître l'imputabilité de la maladie au service. Pour son avocate, Me Elisabeth Leroux, cette décision constitue "une très bonne décision". Elle permettra à la soignante de bénéficier d'"une rente à vie calculée en fonction du taux d'incapacité permanente".
Le cancer du sein reste aujourd'hui le plus meurtrier chez les femmes en France, avec environ 12.000 décès chaque année. Pourtant, la reconnaissance en maladie professionnelle demeure exceptionnelle. Selon les informations rapportées par l'AFP, une première infirmière avait obtenu cette reconnaissance en 2023 après 28 ans de travail de nuit et une exposition aux rayonnements médicaux.



