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Vitrification ovocytaire

Ces Françaises qui congèlent leurs ovules à l’étranger

Alors que la France interdit l’autoconservation sociétale des ovocytes, des femmes se rendent dans des cliniques étrangères pour mener à bien leur projet de maternité. En voici les raisons.

Ces Françaises qui congèlent leurs ovules à l’étranger DURAND FLORENCE/SIPA

  • Publié 17.10.2014 à 23h13
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La décision de Facebook et d’Apple de financer la vitrification des ovocytes de ses employées a provoqué un tollé en France, où cette démarche n’est autorisée que pour des raisons médicales. Pourtant, dans de nombreux pays, les femmes peuvent recourir à cette technique « par convenance », à savoir, pour préserver leur fertilité et enfanter ultérieurement.

C’est le cas de l’Espagne. Depuis 2007, des cliniques privées accueillent les femmes qui, passé un certain âge, n’ont toujours pas eu d’enfants, mais ne souhaitent pas pour autant mettre une croix sur leur maternité. Si la plupart des patientes sont espagnoles, ces centres attirent également des Françaises désireuses de profiter d’un acte prohibé dans leur pays.

« Ici, le sujet n’est pas tabou »
« Nous recevons une dizaine de patientes françaises par an », explique Cécile Gallo, gynécologue dans l’un des centres IVI, à la pointe de la procréation assistée. On en compte une vingtaine sur le territoire espagnol, et une dizaine en Amérique du Sud. « Ici, le sujet n’est pas tabou comme en France, où l’on aborde la question avec un point de vue moral. La vitrification ovocytaire est une option parmi tous les traitements possibles pour accéder à la maternité. »

Les profils de ces Françaises se ressemblent. Proches de la quarantaine, elles ont des métiers à responsabilité, lourds et chronophages. L’horloge biologique file sans qu’elles aient pu concevoir une vie de famille, et sans plan pour en fonder une dans l’immédiat. « Je n’ai jamais rencontré de femmes venues par "caprice"pour repousser volontairement le moment de leur maternité. Simplement, la vie a fait qu’elles n’ont toujours pas d’enfant et elles n’ont pas envie d’y renoncer. »

Ecoutez Cécile Gallo, gynécologue au centre IVI (Espagne) : « C’est un fantasme de croire que les femmes souhaitent être dans cette situation. Elles ne le font pas de gaîté de cœur ».


Un processus coûteux
Ces femmes ont autre chose commun : un porte-monnaie bien garni – ou une vraie volonté de sacrifice. Tout frais compris, il faut compter environ 3500 euros pour un cycle ovocytaire. « Lors du premier rendez-vous, nous faisons le point sur la situation de la patiente. Nous vérifions l’absence de contre-indications, et surtout, nous nous penchons sur son âge et sa réserve ovarienne (le capital ovocytaire des femmes) pour savoir quelles sont les chances réelles d’aboutir à une grossesse, et afin de lui transmettre le message approprié. Il s’agit de ne pas lui donner de faux espoir ».

De fait, la vitrification des ovocytes n’aboutit pas toujours. Lorsque la ponction des ovules survient à 35 ans, les chances de grossesse sont de l’ordre de 50 %. Elles diminuent avec l’âge.

Après ce rendez-vous, la femme prend un traitement de stimulation ovarienne, similaire à celui que l’on administre en cas de fécondation in vitro. « Il s’agit d’une injection hormonale à faire soi-même, tous les jours pendant 10 jours. Le suivi se déroule à distance ». Vient ensuite le prélèvement des ovocytes. L’opération se fait sous anesthésie. Guidé par l’échographie, le praticien ponctionne l’ovaire et aspire les follicules dans lesquels se trouvent les ovocytes, qui sont ensuite congelés dans de l’azote liquide, à -196 degrés.

 Ecoutez Cécile Gallo : « Il faut faire deux fois l’opération pour optimiser les chances de réussite ».


« Ce n’est pas une opération anodine. Il peut y avoir des complications thromboembolique liées à la stimulation ovarienne, ou encore des risques d’hémorragie liés à la ponction. Même si ces risques sont minimes – de l’ordre de 0,5% - il faut tout de même les prendre en compte », souligne-t-elle.

« Les mentalités évoluent »
Cécile Gallo le sait bien : en France, la démarche bouscule les mœurs. « Nous avions participé à un reportage pour une grande chaîne de télévision française, il y a trois ans. Au montage, les journalistes avaient abordé la fécondation in vitro et le don d'ovocytes, mais n’avaient rien gardé concernant la vitrification ovocytaire. Il y a eu une forme de censure… C’est quelque chose qui dérange, et les patientes se sentent stigmatisées, jugées. Mais les mentalités évoluent. »

Les dérives éthiques dénoncées par de nombreuses personnes, notamment en France, ne lui font pas peur. « Point de vue idéologique ! dénonce-t-elle. Ce qu’il faut absolument éviter, c’est d'enfermer les femmes dans un piège. La société ne doit pas les forcer à faire des enfants tard sous prétexte que c’est possible. C’est tout. ».

 Ecoutez Cécile Gallo: « Cette technique n’augmente pas le nombre de demandes. Elle répond à un besoin ».

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