- Dans le cas du syndrome de Sjögren, la prévalence du diagnostic après l'apparition de la sécheresse oculaire a dépassé 80 %.
- Pour neuf autres maladies auto-immunes, les taux ont systématiquement dépassé 20 %, la polyarthrite rhumatoïde se classant deuxième avec 39,3 %, tandis que la maladie de Crohn affichait le taux le plus bas (23 %).
- Afin d’inciter davantage les patients à consulter, une meilleure sensibilisation à la sécheresse oculaire est nécessaire, selon les chercheurs.
Dans une nouvelle étude, publiée dans la revue JAMA Network Open, des chercheurs de l’université Chang Gung (Taïwan) ont révélé que la sécheresse oculaire précédait souvent le diagnostic des maladies auto-immunes. Pour ces travaux, l’équipe a analysé des données de patients issues de la base de données de recherche de l'Assurance Maladie nationale de Taïwan entre 2008 et 2021, qui couvre plus de 99 % de la population. Elle s'est concentrée sur 10 maladies auto-immunes majeures, identifiées grâce aux codes du registre officiel, et a comparé la prévalence de la sécheresse oculaire courante pour chaque maladie auto-immune, l'âge au diagnostic et l'évolution vers des problèmes oculaires plus graves.
La sécheresse oculaire se manifeste avant le diagnostic des maladies auto-immunes
Au total, 67.264 patients ayant reçu un diagnostic de maladie auto-immune entre 2011 et 2020 ont été inclus. "Les maladies les plus fréquentes étaient la polyarthrite rhumatoïde (24.595 cas) et le syndrome de Sjögren (23.088 cas)", une affection dans laquelle le système immunitaire attaque par erreur les canaux lacrymaux et les glandes salivaires, provoquant une inflammation qui entraîne une sécheresse oculaire et buccale. Selon les résultats, le risque de développer une sécheresse oculaire dépend fortement de la maladie auto-immune dont souffre une personne. Par exemple, la prévalence de la sécheresse oculaire était de 81 % en cas de syndrome de Sjögren, contre seulement 38,13 % en cas de lupus et 34,62 % en cas de sclérodermie systémique. La plus faible était de 23 % en cas de maladie de Crohn. Elle était systématiquement plus élevée chez les femmes. Non traitée, la sécheresse oculaire peut entraîner des complications graves, comme "la kératite (inflammation de la cornée) et l’ulcère cornéen", qui "étaient les plus fréquents dans le syndrome de Sjögren, suivis de la polyarthrite rhumatoïde, du lupus érythémateux systémique et des vascularites."
Une meilleure sensibilisation à la sécheresse oculaire
D’après les auteurs, la sécheresse oculaire précédait généralement les maladies auto-immunes d’environ 3 ans. Pour toutes les maladies auto-immunes, les personnes atteintes étaient diagnostiquées à un âge significativement plus avancé que ceux qui n’en souffraient pas. "La différence la plus marquée a été observée dans la maladie de Crohn, où les patients touchés par la sécheresse oculaire étaient diagnostiqués à un âge moyen de 53 ans contre 39 ans pour les adultes non atteints." Face à ces résultats, les scientifiques soulignent la nécessité d’une meilleure sensibilisation à la sécheresse oculaire en tant que signe avant-coureur potentiel. Cela "pourrait inciter davantage de personnes à consulter, permettant ainsi un dépistage plus précoce d'une éventuelle maladie auto-immune sous-jacente et, le cas échéant, la mise en place d'un traitement adapté."



