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D’après une étude américaine

Grossesse : inutile de se priver de cacahuètes pour éviter les allergies

Par Raphaëlle Maruchitch

Manger cacahuètes et noix lorsque l'on est enceinte n’aurait pas d’incidence sur les potentielles allergies des enfants, d'après une étude américaine. L'éviction de ces aliments ne serait plus nécessaire.

OJO Images / Rex Featur/REX/SIPA

Chacun y va souvent de son avis pour dire ce qu’une femme enceinte doit manger ou pas. Une étude américaine, publiée dans le JAMA Pediatrics aujourd’hui, s’est penchée en particulier sur la question des noix et des cacahuètes. Elle conclut que l’incidence des allergies à la cacahuète chez l'enfant n’aurait pas de lien avec le fait que les femmes enceintes en consomment pendant leur grossesse. Pour Michael C. Young, l’auteur principal de la publication, « l’étude montre que l’augmentation de la consommation de cacahuètes par les femmes enceintes (non allergiques aux noix) est associée avec un risque moins élevé d’allergie de leur descendance ». Du coup, à part si la future mère est elle-même allergique aux cacahuètes, il n’y aurait pas de raison qu’elle se prive d'en consommer pendant sa grossesse.


Trois fois plus d'allergiques en 10 ans

La conclusion de l’étude va à l’encontre de ce qui était préconisé dernièrement aux femmes enceintes. En effet, les cacahuètes et les noix sont considérées comme des aliments hautement allergisants. Afin de prévenir une potentielle allergie chez leur bébé, il était donc recommandé aux femmes enceintes de ne pas consommer cacahuètes et noix, et de ne pas en donner à leur enfant avant l’âge de trois ans.

En 2000, l’Académie américaine de pédiatrie (AAP, American academy of pediatrics) avait émis des recommandations en ce sens. L’objectif de ces recommandations était de minimiser l’exposition précoce et de faire diminuer la sensibilisation, et en conséquence diminuer le risque pour les enfants de développer une allergie. Mais sur la décennie 1997-2007, le nombre de cas de personnes allergiques aux cacahuètes a plus que triplé. En outre, il persiste un manque de données en faveur d’un maintien d’un régime alimentaire pendant la grossesse.

Pour autant, « on ne peut pas dire avec certitude que les recommandations d’éviter les cacahuètes étaient liées à l’accroissement du nombre d’allergies, mais une chose est sûre : cela n’en a pas empêché l’augmentation » analyse Michael C. Young. Le sujet a de toute façon besoin de nouvelles données pour qu’il soit possible de tirer d’autres conclusions.


Moins d'allergies chez les enfants dont les mères ont mangé des cacahuètes
Pour tenter d’apporter des réponses à leurs interrogations, les chercheurs ont tenté de regarder la relation entre le régime maternel des femmes enceintes et le développement des allergies chez leurs enfants. Ils ont analysé les données provenant d’une étude de cohorte américaine (GUTS 2, pour Growing up today study 2). Après analyse de plus de 8200 enfants, les chercheurs ont identifié 140 cas d’allergies aux cacahuètes ou aux noix. Ils ont ensuite examiné le régime des mères de chaque enfant – notamment, leur consommation de cacahuètes et de noix – et les ont comparés avec le régime des mères dont les enfants n’avaient pas d’allergies. Conclusion : le taux d’allergies était même plus faible lorsque les mères avaient consommé noix et cacahuètes pendant leur grossesse. Les données ne sont cependant pas assez fiables pour prouver une relation de cause à effet, précise l’auteur principal de l’article.


Un régime d’éviction préconisé si le bébé est à risque

En France, l’efficacité des mesures diététiques pendant la grossesse est encore controversée. Pour autant, l’Inpes (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé) recommande l’éviction de l’arachide dans les familles dont le bébé est à risque. Précisions que la cacahuète est d’ailleurs le seul aliment pour lequel une éviction est préconisée pendant la grossesse. L'Inpes souligne que « l’exclusion des allergènes alimentaires les plus fréquents risquerait de poser des problèmes nutritionnels, » et c’est pourquoi les régimes d’éviction au cours de la grossesse ne sont recommandés par aucune société d’experts. L’allergie aux cacahuètes touche 1 à 2% de la population des pays développés.