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En Amérique Latine

Zika : l’épidémie relance le débat sur l’avortement

Par Léa Surugue

Alors que l'épidémie de Zika prend de l'ampleur, la crainte de microcéphalie se fait plus présente. Elle remet sur le devant de la scène la question du droit à l'avortement en Amérique du Sud.

Felipe Dana/AP/SIPA
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Le virus Zika, qui touche l’Amérique Latine et les Caraïbes, a remis la question de l’avortement et de la sexualité des femmes au cœur de l’actualité. Tout a commencé lorsque dans certains pays, au Brésil, au Salvador ou en Colombie, les gouvernements ont conseillé aux couples de reporter leurs projets de parentalité afin d’éviter qu’un grand nombre de bébés naissent atteints de microcéphalie. Les bébés qui en sont atteints ont un périmètre crânien inférieur à 33 centimètres et souffriront d’un retard mental variable mais irréversible.

Si le lien entre le virus Zika et la microcéphalie n’est pas encore scientifiquement établi, la probabilité qu’une association existe entre les deux est très élevée. Or, cette recommandation de repousser la grossesse est jugée complètement irréaliste par les associations de défense du droit des femmes, qui dénoncent le manque d’accès à la contraception et la prévalence des violences sexuelles.

 

L’ONU contre l’Eglise

Ce vendredi, le Haut Commissariat aux droits de l’Homme, agence onusienne, s’est rangé du côté des associations, appelant les différents pays touchés par Zika, dans lequel le droit à l’IVG est limité, à assouplir la loi et à ouvrir l’accès à la contraception d’urgence.

« Dans des situations où la violence sexuelle est importante, où l’accès à des services de santé reproductive et sexuelle est criminalisé ou inexistant, les efforts pour limiter les dégâts du virus en conseillant aux femmes de ne pas tomber enceinte sont contreproductifs. Des mesures très vigoureuses doivent être prises pour assurer le droit des femmes », déclarait le Haut Commissaire aux droits de l’Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein.

L’influence de l’Eglise Catholique est particulièrement importante en Amérique du Sud, ce qui explique que la loi en matière d’avortement y est souvent très restrictive. Plusieurs personnalités influentes de l’Eglise ont d’ailleurs réagit violemment aux différents appels pour assouplir ces législations.

Un cardinal péruvien, Juan Luis Cipriani a même comparé l’ONU à Hérode, roi de Judée qui avait ordonné le massacre d’enfants. Au Honduras, le cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga s’est prononcé contre ce qu’il qualifie de « meurtres d’innocents », et au Brésil, plusieurs évêques ont publié un communiqué commun, déclarant que « Zika ne devait pas être une justification à l’avortement ».

Alors que le nombre de cas de personnes atteintes par Zika ne cesse d'augmenter, le débat sur l'avortement est loin d'être clos. 

 

L’IVG et l’Amérique du Sud

Seul le Salvador interdit catégoriquement l’avortement, sans aucune considération pour la vie de la mère ou l’état du fœtus. Il peut être sanctionné de peines allant jusqu’à 40 ans de prison.

Dans une majorité de pays (Honduras, Guatemala, Suriname, Venezuela ou Paraguay) il est autorisé uniquement si la vie de la mère est en danger, et en Jamaïque et en Equateur, également si la grossesse pose un risque pour sa santé.

Le Pérou l’autorise, en plus, en cas de malformation du fœtus. En revanche, une loi pour dépénaliser l’avortement en cas de viol a été rejetée en novembre dernier.

Au Brésil, la loi autorise l’IVG en cas de viol, de danger pour la mère ou encore d’anencéphalie, une absence de cerveau. Dans ce cas, le bébé meurt très vite après la naissance. Cette loi a pour conséquence de pousser des milliers de Brésiliennes vers un avortement clandestin, et plus de 200 000 femmes seraient alors victimes d’erreurs médicales.

En Colombie enfin, la loi est similaire à celle de Brésil, puisque l’avortement est autorisé en cas de malformations graves du bébé, de viol ou de risques pour la mère.