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Plan ORSAN

Epidémie de grippe : les généralistes sont déjà saturés

TEMOIGNAGE . Pour lutter contre la grippe, la ministre de la Santé a déclenché le plan ORSAN. Il place les médecins libéraux en première ligne. Mais comme les urgences, les cabinets sont saturés.

Epidémie de grippe : les généralistes sont déjà saturés MEIGNEUX/SIPA

  • Publié 20.02.2015 à 19h05
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Marisol Touraine veut mobiliser la médecine libérale. 2 millions de Français ont contracté la grippe en 5 semaines, selon le réseau Sentinelles. L’épidémie n’a pas encore atteint son pic, mais les hôpitaux sont déjà engorgés de patients. A tel point que le président du Samu-Urgences de France, François Braun, évoque une situation similaire à celle de la canicule de 2003 : urgences encombrées, des heures d’attentes avant une consultation, et un nombre élevé de victimes âgées.
La ministre de la Santé a donc déclenché le plan ORSAN Epidémie. La mesure principale consiste à placer les médecins libéraux en première ligne du diagnostic et du traitement des symptômes de la grippe. Seul problème : les cabinets médicaux sont déjà trop encombrés.
Anne De Guis, généraliste à Tomblaine (Meurthe-et-Moselle), témoigne auprès de pourquoidocteur de ses dernières semaines.

 

 Avez-vous observé une recrudescence des consultations dans votre cabinet ?

Dr Anne De Guis : Cela fait deux semaines que je finis tous les soirs à 21 heures parce qu’on rajoute des patients en plus des malades chroniques et des consultations courantes. C’est une affluence de patients parfois difficile à gérer, avec tous les âges et toutes les catégories. Je vois aussi bien des enfants que des actifs, qui viennent chercher un arrêt de travail parce qu’ils sont très mal. Il y a aussi des personnes âgées, avec les complications que cela peut avoir derrière.

 

 

Le Plan ORSAN Epidémie place les médecins libéraux en première ligne. Pouvez-vous remplir cette mission ?

Dr Anne De Guis : On fait du mieux qu’on peut, je pense qu’on est tous de bonne volonté. Après, mes consultations commencent à 8 h 30, elles se terminent en général vers 20 h. Je peux mettre un patient par quart d’heure, pas plus. Malgré ma bonne volonté, je ne peux pas faire plus et je pense ne pas être la seule dans ce cas-là.


"Chacun travaille dans son coin, 
il n'y a pas de partenariat avec l'hôpital."


C’est gentil de nous dire qu’il faut qu’on se mobilise, mais si on n’a pas les moyens pour gérer les cas compliqués… Par exemple, une personne âgée qui déclenche une grippe prend énormément de temps à gérer dans nos consultations : il faut trouver une solution pour que cette personne ait une hydratation suffisante, qu’elle soit surveillée.
Pour cela, il faut que je décroche mon téléphone, que j’appelle à droite, à gauche, ce qui peut prendre jusqu’à une heure. Si on ne me simpllifie pas la vie pour gérer les cas compliqués, forcément, les cas plus simples, je ne peux pas les voir. Je les envoie donc vers mes confrères ou vers les services d’urgence.

 

 

Que signifiez-vous par « vous simplifier la vie » ?

Dr Anne De Guis : A l’heure actuelle, quand vous avez une personne âgée et que vous devez trouver une solution d’hébergement ou d’hospitalisation, c’est extrêmement compliqué. Au CHU de Nancy, il est quasiment impossible, c’est même impossible, de faire entrer directement une personne dans un service, alors que j’ai pu faire la biologie, de l’imagerie si nécessaire, j’ai donc un diagnostic assez précis. Mais si je contacte mon confrère gériatre au CHU, il va me répondre systématiquement qu’il faut l’envoyer aux urgences.

Je crois que tant que les pouvoirs publics n’auront pas obligé les hôpitaux à travailler plus avec les médecins généralistes, il sera difficile de faire plus. Chacun travaille dans son coin, il n’y a pas du tout de partenariat.

 

 

Avez-vous déjà dû envoyer un patient aux urgences ?

Dr Anne De Guis : Pas pour des grippes, je n’en ai pas eu la nécessité. Je pense que la place pour une grippe n’est pas dans un service d’urgences, en dehors de cas compliqués. Il y a d’autres moyens de prendre en charge une grippe. Après mes confrères n’ont peut-être pas le choix. Nos plages horaires de consultation sont limitées, on ne peut pas travailler en continu. Je peux comprendre qu’on essaie de faire au mieux, et de renvoyer vers qui est disponible pour prendre en charge le patient quand on ne peut pas.

A mon avis, c’est la saturation des médecins de ville qui se déverse ensuite sur le système des urgences. Je le vois plutôt comme cela.

 

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