- Une étude remet en cause l'utilisation du bruit rose pendant le sommeil.
- Il pourrait perturber le sommeil paradoxal, essentiel à notre santé mentale et cognitive.
- Les bouchons d'oreilles apparaissent comme une alternative plus efficace.
De la pluie tombant sur l'herbe, ou une rivière coulant au loin : le bruit rose est, comme le bruit blanc ou brun, partout présent dans les applications de sommeil destinées à favoriser l'endormissement. Mais selon une nouvelle étude américaine de l'université de Pennsylvanie, publiée dans la revue Sleep, ce bruit doux pourrait en réalité nuire aux stades les plus réparateurs du sommeil, notamment le sommeil paradoxal ou REM (Rapid Eye Mouvement), en raison des mouvements oculaires rapides sous les paupières fermées.
Des effets perturbateurs sur les phases clés du sommeil
Pour arriver à ce constat, les chercheurs ont observé 25 adultes en bonne santé pendant sept nuits consécutives dans un laboratoire du sommeil. Exposés à différentes conditions (bruit d’avion, bruit rose seul, combinaison des deux, ou bouchons d’oreilles), les participants ont vu leur sommeil régulièrement altéré. Le bruit rose seul, à 50 décibels, a entraîné une réduction moyenne de 19 minutes de sommeil paradoxal. Il apparaît même que lorsqu’il était combiné à un bruit d’avion, l’impact s’aggravait : sommeil profond et REM raccourcis, et 15 minutes de veille supplémentaire.
Or, le sommeil REM est essentiel : il favorise "la consolidation de la mémoire, la régulation émotionnelle et le développement du cerveau", peut-on lire dans un communiqué des chercheurs. "Nos résultats indiquent que diffuser du bruit rose pendant la nuit pourrait être préjudiciable à la santé du sommeil, en particulier chez les enfants, plus sensibles car ils passent davantage de temps en sommeil paradoxal", alerte le Dr Mathias Basner, auteur principal de l’étude.
Bouchons d'oreilles : une solution bien plus efficace
Face aux nuisances sonores, les bouchons d’oreilles ont montré leur efficacité : les participants qui les portaient conservaient une durée normale de sommeil profond, même en présence de bruit d’avion. Les volontaires rapportaient aussi une meilleure qualité de sommeil et moins de réveils nocturnes. Selon l’étude, jusqu'à 16 % des Américains utilisent des bouchons pour dormir, alors que le recours aux bruits ambiants explose : podcasts, bruits blancs et autres contenus représenteraient plus de trois millions d’heures d’écoute quotidienne sur Spotify.
Malgré leur popularité, les effets à long terme des bruits colorés (rose, blanc, brun...) sur nos nuits restent peu étudiés. Dérègler le sommeil REM pourrait avoir des conséquences importantes, notamment chez les personnes vulnérables, comme les enfants, les personnes anxieuses ou dépressives. Pour le Dr Basner, "il est temps de mener davantage de recherches sur les effets de ces sons, en particulier chez les nourrissons, et sur les niveaux sonores considérés comme sûrs pendant le sommeil".


