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Congrès européen de la reproduction

La pilule réduit de manière temporaire la fertilité

Par Audrey Vaugrente

Deux marqueurs de fécondité sont diminués par la prise de la pilule. Mais cela n’a rien d’étonnant et la situation est temporaire, souligne le Dr Christian Jamin, gynécologue et endocrinologue.

SERGE POUZET/SIPA

La pilule réduit deux marqueurs de fertilité de manière temporaire. C’est ce que conclut une étude présentée ce 30 juin au congrès de l’European Society for Human Reproduction and Embryology (ESHRE) qui s’est tenu à Munich (Allemagne). Une équipe de l’hôpital universitaire de Copenhague (Danemark) a mesuré la fertilité de 830 femmes inquiètes à ce sujet.

 

« Ce n’est pas un scoop »

Pour mesurer la fertilité d’une femme, on évalue sa « réserve ovarienne » à l’aide de deux marqueurs : les niveaux d’hormone de régression müllérienne (AMH), qui contrôle le développement des follicules en ovocytes, et le nombre de follicules pas encore développés (follicules antraux). Dans le cadre de cette étude, les femmes qui prenaient la pilule avaient des niveaux d’AMH 19 % plus bas, et 16 % de follicules antraux de moins que celles qui n’y avaient pas eu recours. « Nous avons été surpris par l’effet quantifiable sur les paramètres de la réserve ovarienne », a déclaré le Dr Kathrine Birch Petersen lors de sa présentation.

En fait, de tels résultats n’ont rien d’anormal, ni d’inquiétant, estime le Dr Christian Jamin, gynécologue et endocrinologue contacté par pourquoidocteur. En réduisant l’AMH, la pilule remplit simplement sa fonction. Les contraceptifs oraux mettent l’hypophyse au repos. Cette glande est justement impliquée dans le fonctionnement des ovaires.

 

Ecoutez le Dr Christian Jamin, gynécologue et endocrinologue à Paris : « Des études ont montré que la pilule réduisait d’environ 20 % l’AMH, ce que l’on retrouve ici. Ce n’est pas un scoop et cette étude confirme ce qu’on sait depuis longtemps. »

 

80 % de femmes enceintes un an après l’arrêt

En 2009, une étude menée sur 60 000 femmes qui prenaient la pilule a montré qu’après seulement un cycle menstruel, 2 patientes sur 10 étaient enceintes. A un an, elles étaient quatre fois plus. L’épidémiologie aussi est sans appel, insiste le Dr Jamin : la pilule n’est pas associée à une moindre fertilité. « A ma connaissance, il n’y a jamais eu de différences entre les femmes qui prennent la pilule et celles qui ne la prennent pas. » La chercheuse danoise n’évoque pas non plus une action permanente de la contraception orale sur la fécondité : « Nous ne pensons pas que la pilule change les ovaires de manière permanente », souligne le Dr Birch Petersen. « Il est peu probable qu’elle change la biologie de base des ovaires, mais il est certain qu’elle change l’apparence des ovaires, et la sécrétion de l’AMH. »

Finalement, si les femmes ont plus de mal à concevoir après avoir pris la pilule, c’est souvent parce qu’elles sont plus âgées. « Plus on prend la pilule longtemps, plus on est âgée, donc plus on a de mal à être enceinte », analyse le Dr Jamin. Mais ce n’est pas parce qu’on a pris la pilule longtemps. C’est parce qu’on a attendu trop longtemps avant d’essayer d’avoir un enfant. »