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Hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris

E-cigarette : la 1ère consultation pour sortir du tabac avec plaisir

Par Bruno Martrette

ANGOT/SIPA

REPORTAGE - Zéro fumeur dans quinze ans, c'est l'objectif d'un pneumologue, le Pr Bertrand Dautzenberg. Pour y parvenir, il a lancé une consultation e-cigarette à l'Hôpital de la Pitié Salpêtrière (Paris). Visite dans ce lieu unique.


Vous vapotez et vous souhaitez arrêter. Vous vapotez et fumez encore. Vous fumez et vous vous posez la question de quitter le tabac pour le vapotage. Si l'une de ces situations correspond à ce que vous vivez actuellement, sachez qu'il existe désormais une consultation e-cigarette. Elle s'est ouverte à l'Hôpital de la Pitié Salpêtrière (Paris) dans le service de pneumologie du Pr Bertrand Dautzenberg. Auteur du premier rapport officiel sur la cigarette électronique remis au gouvernement français en 2013, ce célèbre pneumologue propose tous les jeudis matin sa formule pour aider les accros du tabac à s'en sortir. Grâce à la e-cigarette, il martèle qu'il est possible de s'en sevrer avec plaisir. Pourquoidocteur est entré dans les coulisses de cette consultation, la première du genre en France.

Des malades du tabac en demande d'informations

A l'origine de cette consultation, il y a eu d'une part « une demande d'informations des patients fumeurs qui commençaient à vapoter », confie le Pr Bertrand Dautzenberg. D'autre part, c'est l'effondrement total depuis le début de l'année des ventes de substituts nicotiniques (-50 % sur les patchs, -38 % sur le Champix) qui a alerté l'Office Français de prévention du Tabagisme (OFT) sur l'utilité de mettre en place ce rendez-vous. C'est dans ce contexte que le Président de l'OFT a voulu créer cette nouvelle consultation médicale pour répondre aux interrogations des vapoteurs. Surtout que ces derniers sont de plus en plus nombreux dans l'Hexagone. En un an, ils seraient passés de 500 000 à plus d'un million à présent.


Ecoutez le Pr Bertrand Dautzenberg
, président de l'OFT
: « Les vapoteurs allaient chez leur médecin et parlaient de la e-cigarette. Ce dernier leur répondait bien souvent "je ne sais pas". Ce n'est pas normal. Le médecin doit être compétent. »


« Sur 3 000 e-liquides, il en existe forcément un pour vous »

S'adressant donc à plusieurs types de profil, la consultation e-cigarette n'est pourtant pas la solution miracle pour se sevrer du tabac. Et d'entrée, le Pr Bertrand Dautzenberg annonce la couleur. Il rappelle que sur dix fumeurs qui vont tester la e-cigarette, seul un va connaître une révélation dès les premières bouffées de vapotage. Dans ce cas, le plaisir arrive dans les cinq premières secondes. Car pour le Pr Bertrand Dautzenberg, la cigarette électronique c'est ça : sortir du tabac avec le plaisir, et sans souffrance.

Mais, se sevrer via la e-cigarette, ça s'apprend. C'est tout le but de cette consultation. En effet, le pneumologue est persuadé que si les fumeurs s'y prenaient différemment, cette révélation pourrait se produire chez 4, voire 5 fumeurs, sur 10. Si on choisit bien son liquide on augmente ses chances, tente-t-il de démontrer au fil des patients. « Ce que je conseille, c'est de ne pas hésiter à prendre des e-liquides fortement dotés en nicotine. Et surtout, il faut le faire cool, sans culpabilité et sans pression. »

Pour compléter ses recommandations, le professeur de pneumologie conseille de tester entre 5 et 6 produits dès la première visite dans une boutique de e-cigarette. « Si malgré ça vous ne trouvez pas votre bonheur, attendez 1H ou 2, puis retentez votre chance un peu plus tard. 3 000 e-liquides existent », se plaît-il à rappeler.

Ecoutez le Pr Bertrand Dautzenberg : « C'est une sortie du tabac par le côté plaisir, par le bien-être. Pour les gens déprimés ou qui ont des maladies psychiatriques ça permet de se sevrer du tabac en douceur. »


Cette consultation n'acte pas la fin des substituts nicotiniques

Par ailleurs, le Pr Dautzenberg rappelle que cette consultation e-cigarette ne signe pas la fin du sevrage par les substituts nicotiniques traditionnels. D'ailleurs, à chaque consultation, le Pr Dautzenberg en parle, les recommande, et parfois les prescrit. Champix, Zyban, et patchs nicotiniques continuent toujours à faire partie de son vocabulaire, et figurent sur ses ordonnances. Surtout qu'ils restent pour les autorités sanitaires françaises (Haute autorité de santé) les traitements de référence pour les gros fumeurs.

Pourtant, tenter de faire adhérer ses patients à la e-cigarette reste toujours dans un coin de la tête du Pr Dautzenberg. Et pour les vapoteurs, il répète sans cesse les mêmes petits conseils pour augmenter leur chance d'arrêter le tabac. Par exemple, il indique à chaque patient de ne pas avoir peur de la e-cigarette : « Vous pouvez vapoter toutes les cinq minutes. Utilisé de cette façon, le produit s'assimile à un patch. » Comme il aime le raconter, il vaut mieux la perfusion continue, plutôt que le flash, qui consiste à vapoter non-stop pendant 1 minute comme le font les fumeurs avec la cigarette traditionnelle.

Ecoutez le Pr Bertrand Dautzenberg : « Quelqu'un qui vapote toute la journée du matin au soir à une courbe de nicotine dans le sang assez similaire à celle de quelqu'un qui a un patch. »


« Faire de cette consultation quelque chose d'officiel »

Enfin, après plus de trois mois d'existence, le Pr Bertrand Dautzenberg compte poursuivre cette expérimentation. Il a même l'intention d'aller plus loin. « Mes consultations servent énormément mes patients, et les rassurent face à ce produit sur lequel on dit tout et n'importe quoi. Et même moi, en écoutant les gens parler, j'en apprends tous les jours. » Son objectif, implanter des consultations e-cigarette un peu partout en France, avec au moins dix établissements pionniers avant la fin de l'année 2014.
Pour lui, l'avenir est rassurant. Surtout que des nouveaux produits vont encore aider les accros du tabac. Il pense par exemple aux e-cigarettes connectées qui sont arrivées et vont donner aux pneumologues des informations précieuses sur la consommation du vapoteur (nombre de bouffées...)
L'objectif du Pr Dautzenberg pour la France reste toujours le même, zéro fumeur dans quinze ans. « Depuis deux ans, et l'arrivée de la e-cigarette en France, j'ai bon espoir », conclut-il.

Ecoutez le Pr Bertrand Dautzenberg
: « Avec l'OFT, on va voir si on peut reproduire une dizaine de consultations expérimentales d'ici la fin de l'année. Si ça marche, on aimerait que ça devienne quelque chose d'officiel. »


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Consultation e-cigarette : des patients en quête d'une deuxième vie