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QUESTION D'ACTU

Entretien avec le Pr Brigitte Autran

Sida : la guérison envisageable grâce à l’immunothérapie

Lors du Forum mondial des sciences de la vie, le Pr Autran fera le point sur les immunothérapies innovantes dans le VIH. Avant-première sur pourquoidocteur. 

Sida : la guérison envisageable grâce à l’immunothérapie

  • Publié 03.06.2014 à 07h00
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Pourra t-on un jour guérir du sida ? Il y a encore quelques années cela semblait impossible, aujourd’hui plusieurs équipes de scientifiques à travers le monde commencent à l’envisager sérieusement. Après la médiatisation du « patient de Berlin », le seul malade au monde à avoir été avait été déclaré guéri du sida après une greffe de moelle osseuse, ou du « Mississipi Baby », ce bébé contaminé par le virus pendant la grossesse et aujourd’hui en guérison fonctionnelle, les espoirs des chercheurs se tournent  vers l’immunothérapie. Cette technique permet de stimuler les défenses immunitaires pour lutter contre les maladies.

Ainsi, lors de Biovision (1), le Forum mondial des sciences de la vie qui se tiendra à Lyon les 5 et 6 juin,  et dont pourquoidocteur est partenaire, le Pr Brigitte Autran, responsable du département d’immunologie de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière fera le point sur les immunothérapies innovantes dans le VIH. Cette scientifique de renom également professeur à l’université Pierre et Marie Curie dresse un état des lieux des avancées en la matière.

 

pourquoidocteur. Les antirétroviraux donnent de très bons résultats dans le sida. Pourquoi se lancer dans de nouvelles recherches ?

Pr Brigitte Autran : Des résultats tout a fait exceptionnels, ils sont aujourd’hui très bien tolérés, mais malheureusement ils ne sont pas capables de guérir. Ils ne peuvent pas éliminer le virus de l’organisme. Se faisant, les patient doivent les prendre toute leur vie, avec des conséquences en terme de coût pour la société et en terme d'effets secondaires possibles sur toute une vie. Donc, la communauté scientifique a réalisé qu’il fallait aller encore plus loin et envisager la guérison, voire la rémission. C’est-à -dire donner au patient la capacité de vivre sans traitement mais contrôlant parfaitement bien leur virus.

 

 

Quelles sont les stratégies d’immunothérapie sont en voie de développement ?

Pr Brigitte Autran : L’enjeu, c’est d’arriver à débusquer le virus qui est tapi dans l’organisme dans des cellules dormantes, chez un patient qui est sous antirétroviraux. En fait, il faut le réveiller pour arriver à l’attraper avec une combinaison de stratégies. L’idée, c’est d’utiliser d’abord une immuno-intervention ou une chimiothérapie pour activer la production virale et en même temps utiliser certainement un vaccin, pour augmenter les défenses immunitaires et détruire les cellules qui vont se réveiller et produire le virus. C’est un système de « purge » qui reste encore complètement du domaine de la recherche. Plusieurs pistes sont en cours d’évaluation en France et dans le monde.

 

Que nous apprend le « patient de Berlin » chez qui le virus est indétectable depuis 2007 ?

Pr Brigitte Autran : Il nous apprend tout simplement que c’est possible alors que personne n’osait croire qu’un jour on pourrait guérir de l’infection VIH. Alors ce patient a guéri au prix d’une combinaison thérapeutique extrêmement lourde qu’il n’est pas possible de reproduire à grande échelle. Il souffrait d’une leucémie et a dû subir deux greffes de moelle osseuse à partir d’un donneur qui avait lui même des capacités génétiques particulières vis-à-vis du VIH. Donc, il nous apprend seulement que c’est possible, maintenant nous devons trouver des stratégies thérapeutiques plus simples, plus douces, mieux tolérées et qui permettent d’arriver à un résultat quasi-équivalent.

 

Et le cas du « Bébé du Mississipi » est-il reproductible?

Pr Brigitte Autran : Oui, il est né d’une maman qui était infectée sans le savoir. L’enfant a été traité au bout de seulement 27 heures de vie et pendant 18 mois. Manifestement, ce traitement donné très précocement lui a permis de contrôle quasi-totalement son VIH. Il n’est pas totalement guéri, mais il est en rémission et vit normalement sans traitement. Donc ce qu’il nous apprend c’est qu'un traitement ultra-précoce permet d’éviter la dissémination délétère du virus et permet de le contrôler efficacement.
Nous savons par d’autres observations que cette stratégie de traitement en primo-infection est extrapolable. Maintenant, l’enjeu c’est d’arriver à reproduire la même chose pour des patients qui sont diagnostiqués plus tard et qui représentent l’immense majorité des patients.

 

En janvier 2013, vous avez publié les résultats d’un vaccin ralentissant temporairement la progression du sida, vous poursuivez ces travaux ?

Pr Brigitte Autran : Oui, mais ces travaux que nous avions publiés avec une équipe espagnole, consistent en un vaccin extrêmement lourd. Il faut extraire des cellules de l’organisme, les modifier en leur injectant des antigènes viraux non pathogène puis les réinjecter aux patients. Donc, c’est une preuve de concept qu’avec une augmentation des défenses immunitaires induites par un vaccin, on peut contrôler la réplication du virus. Néanmoins, il est difficilement envisageable d’utiliser cette stratégie à large échelle. Il faut continuer à chercher des vaccins qui soient capables de reproduire cet effet là avec la simple injection d’un vaccin.




(1) Biovision est le Forum mondial des sciences de la vie. Un forum organisé depuis 1999 par une organisation indépendante à but non lucratif, la Fondation pour l'Université de Lyon. Il rassemble les décideurs internationaux des secteurs universitaires, privés, politiques et de la société civile. Son objectif est de favoriser un dialogue production concernant les découvertes des sciences de la vie et leur impact sur la société, tout en traduisant les idées novatrices en solutions applicables pour le bénéfice des citoyens. 

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