- Une étude du CNRS explique enfin le phénomène de la "madeleine de Proust".
- Des neurones du bulbe olfactif enregistrent durablement certaines odeurs associées à des expériences heureuses de l'enfance.
- Ces découvertes pourraient ouvrir de nouvelles pistes pour agir sur la mémoire émotionnelle et l'anxiété.
Qui n'a jamais été transporté en quelques secondes dans ses souvenirs d’enfance en respirant un parfum familier ? Cette expérience de "madeleine de Proust", popularisée par Marcel Proust dans son roman À la recherche du temps perdu, intrigue depuis longtemps les scientifiques. Une étude menée par une équipe du CNRS et publiée dans PLOS Biology apporte aujourd'hui un début d'explication. Les chercheurs montrent que certaines odeurs rencontrées très tôt dans la vie laissent une trace durable dans des neurones spécifiques du bulbe olfactif, la région cérébrale chargée de traiter les odeurs.
Le cerveau associe les odeurs aux émotions
Interrogé par France Inter, le neuroscientifique Jules Dejou, qui a participé aux travaux, explique que ces souvenirs "nous rappellent des souvenirs généralement qui sont plus anciens que d'autres types de souvenirs" et qu'ils sont "généralement très plaisants".
Pour comprendre ce mécanisme, les scientifiques ont d'abord recueilli les témoignages de volontaires sur leurs plus anciens souvenirs olfactifs, avant de reproduire ces situations chez des souris. Les jeunes animaux ont été exposés à plusieurs reprises à une odeur agréable dans un environnement ludique, avec jeux, nourriture et congénères.
Résultat : devenues adultes, les souris reconnaissaient toujours cette odeur et la préféraient aux autres. En revanche, lorsque l'odeur avait été présentée dans un environnement neutre, aucun souvenir durable ne persistait. "L'association avec un contexte plaisant est vraiment importante", souligne Nathalie Mandairon, directrice de l'étude, citée par Le Devoir.
Une piste pour mieux comprendre les émotions
Les chercheurs ont également observé que ces neurones, apparus juste après la naissance, communiquent directement avec les circuits de la mémoire, de la récompense puis, avec l'âge, avec les réseaux des émotions. Contrairement aux neurones produits à l'âge adulte, qui sont progressivement renouvelés, ces neurones dits "néonataux" sont particulièrement durables. Selon le CNRS, ils constituent ainsi une véritable "empreinte" des premières expériences olfactives. Lorsque l'odeur est retrouvée des années plus tard, ils réactivent les circuits cérébraux associés au souvenir, mais aussi les émotions ressenties à l'époque.
Selon les auteurs, la réactivation régulière de ces odeurs au cours de la vie contribue aussi à préserver ces souvenirs. Au-delà d'expliquer scientifiquement la célèbre "madeleine de Proust", ces travaux du CNRS ouvrent de nouvelles perspectives pour mieux comprendre le fonctionnement de la mémoire émotionnelle et pourraient, à terme, inspirer des approches destinées à apaiser l'anxiété.


