- Une étude montre que certains "polluants éternels" peuvent influencer la prise de poids des enfants dès la vie prénatale.
- Les effets observés diffèrent entre les filles et les garçons.
- Les chercheurs rappellent l'importance de limiter l'exposition à certains polluants pendant la grossesse.
Présents dans l'environnement depuis des décennies, les polluants organiques persistants (POP) regroupent des substances chimiques utilisées dans l'industrie, l'agriculture ou encore les produits du quotidien. Très résistants à la dégradation, certains sont qualifiés de "polluants éternels". Ils s'accumulent dans les sols, l'eau, les aliments et, progressivement, dans l'organisme humain. Or, selon une nouvelle étude de l'Inserm publiée dans la revue Environmental Research, l’exposition prénatale à ces composés chimiques pourrait modifier durablement la croissance des enfants et leur risque futur de maladies cardiovasculaires et métaboliques.
Une exposition in utero aux conséquences durables
Pour comprendre l’impact de ces POP, Charline Warembourg, chercheuse Inserm à l'Institut de recherche en santé, environnement et travail de Rennes, et Nathalie Costet, ingénieure de recherche Inserm, ont analysé les données de la cohorte Pélagie, qui suit plus de 3.400 binômes mère-enfant depuis 2002. Les chercheurs ont mesuré une quinzaine de POP dans le sang du cordon ombilical, notamment des PCB, des PBDE, des PFAS et plusieurs pesticides organochlorés.
Plutôt que d'étudier l'indice de masse corporelle (IMC) à un âge précis, les scientifiques se sont intéressés à son évolution entre la naissance et 12 ans. "C'est important de s'intéresser aux trajectoires, car la prise de poids au cours de l'enfance n'a pas la même valeur prédictive de risque cardiovasculaire et métabolique futur selon le moment où elle se produit", explique Nathalie Costet dans un communiqué de l’Inserm.
Les résultats montrent que l'exposition prénatale à certains POP est associée à deux profils de croissance déjà connus pour augmenter le risque cardiovasculaire à l'âge adulte. Chez les filles, l'exposition aux PCB et aux pesticides organochlorés est liée à un faible poids de naissance suivi d'une prise de poids rapide. Chez les garçons, des concentrations élevées de POP et de certains PFAS sont associées à une adiposité importante dès la naissance, qui persiste au cours de l'enfance.
Réduire l'exposition pendant la grossesse
Si la plupart des POP sont aujourd'hui interdits, certains PFAS restent utilisés. "On peut formuler quelques recommandations pour les femmes enceintes, en particulier concernant leur alimentation qui est la source majoritaire d'exposition", rappelle Charline Warembourg. La consommation de produits d’origine animale et de la mer "expose beaucoup aux POP", mais celle de poisson a néanmoins "un intérêt nutritionnel avéré", selon l'inserm, qui recommande donc de continuer à en manger mais en privilégiant les espèces maigres et en variant les poissons. Les chercheurs conseillent également de limiter l'utilisation de contenants alimentaires en plastique, surtout lorsqu'ils sont chauffés, ainsi que des ustensiles de cuisson antiadhésifs usés, susceptibles de favoriser l'exposition aux PFAS.


