- Le vaccin BCG (contre la tuberculose) reprogramme l'activité des cellules immunitaires dans et autour du cerveau.
- Chez les personnes âgées ne présentant pas encore de biomarqueurs de la maladie, le traitement préventif a modifié les niveaux de bêta-amyloïde, ce qui pourrait refléter une meilleure élimination de cette protéine du système nerveux central.
- Aucun effet comparable n'a été observé chez les adultes présentant déjà des biomarqueurs d'Alzheimer.
"Le vieillissement du système immunitaire pourrait contribuer à la maladie d’Alzheimer. Le bacille de Calmette-Guérin (BCG), un vaccin connu pour induire une immunité entraînée, a été associé à une réduction du risque de maladie d’Alzheimer dans de précédentes recherches. Toutefois, il n’est pas encore établi si une telle immunité entraînée peut être observée au niveau du système nerveux central humain", notamment de ses réponses susceptibles d’influencer les voies biologiques impliquées dans la maladie d’Alzheimer, selon des chercheurs du Mass General Brigham (États-Unis).
Dans une nouvelle étude, ces derniers ont donc voulu évaluer si le vaccin BCG, créé en 1921 à l’Institut Pasteur de Lille pour prévenir la tuberculose, induisait des réponses "de type immunité entraînée" chez des adultes présentant ou non des altérations liées à la maladie d’Alzheimer. Pour ce faire, l’équipe a suivi 23 adultes âgés de 55 ans et plus, dont 11 souffrant de la pathologie neurodégénérative et 12 en bonne santé. Les participants ont reçu deux injections du vaccin BCG, par voie cutanée, à un mois d’intervalle. Des échantillons de liquide céphalo-rachidien (LCR) et de sang périphérique ont été prélevés chez les volontaires à intervalles réguliers après la vaccination.
Alzheimer : le vaccin BCG remodèlerait l'environnement immunitaire du cerveau humain
Les résultats, publiés dans la revue Communications Medicine, montrent que le vaccin BCG, qui a été bien toléré par les patients, induit des modifications persistantes de type immunité entraînée au sein des cellules immunitaires du liquide céphalorachidien, notamment une réactivité innée accrue. Cette réactivité immunitaire accrue ne s'accompagnait pas d'une augmentation des marqueurs inflammatoires, un facteur de risque connu de neurodégénérescence. Le traitement préventif contre la tuberculose a également modifié les taux de protéine bêta-amyloïde (un biomarqueur clé de la maladie d'Alzheimer) dans le liquide céphalorachidien et la circulation sanguine.
Chez les personnes en bonne santé, les taux d'amyloïde ont diminué de manière significative dans le cerveau et le liquide céphalorachidien, tout en augmentant dans les échantillons sanguins sur une période de 12 mois. "Ce rééquilibrage n'a pas été observé chez les participants atteints de la maladie d'Alzheimer, ce qui suggère que le moment de l'administration du BCG pourrait influencer la dynamique précoce de la maladie ainsi que l'élimination des protéines du système nerveux central."
Vers une stratégie d’intervention précoce contre la neurodégénérescence
"Traditionnellement, les vaccins sont envisagés sous l'angle de la prévention des maladies infectieuses. Ces résultats suggèrent qu'ils pourraient également influencer les processus biologiques impliqués dans le vieillissement cérébral et les maladies neurodégénératives." Face à ces données encourageantes, les auteurs comptent les vérifier dans le cadre d'études contrôlées par placebo et de plus grande envergure, notamment en matière de prévention, avec l'espoir de préserver la santé cérébrale avant que la maladie d'Alzheimer ne se développe de manière significative. "Les travaux ont évalué une stratégie de vaccination spécifique chez des personnes âgées et n'ont pas examiné les effets de la vaccination par le BCG durant l'enfance. Or, cette pratique est courante dans de nombreux pays d'Afrique subsaharienne, d'Asie du Sud-Est et de certaines régions d'Europe de l'Est en raison de la prévalence de la tuberculose dans ces zones", ont-ils conclu.



